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La forêt des âmes

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Création
Un spectacle Par les communes
Spectacle créé les 6, 7, 8,
9 et 10 juin 2018
dans la forêt des Faux à Verzy.

Textes de Sébastien Weber
et Bernard Weber
Mise en scène de Élodie Cotin, Christian Termis et Raphaël Dubois
assistés de Lou Mary
et Sébastien Weber
Scénographie et sculptures
de Christian Lapie
Régie générale de Ionah Mélin
Avec les villageois
de la Montagne de Reims
ainsi que le concours
de la troupe du Chaudron,
de Livre'S
et des Fourberies des patelins.
Contacts
Élodie Cotin, Thyphen Ferry,
Émilie Renoir-Sibler (P.N.R.M.R)
03 26 59 44 44
Prochainement
Le 8 juin 2018  à 18 h 30 aux Faux de Verzy  Le 9 juin 2018  à 14 h 30 aux Faux de Verzy  Le 9 juin 2018  à 18 h 30 aux Faux de Verzy  Le 10 juin 2018  à 16 h 30 aux Faux de Verzy 

Au cœur des Faux de Verzy

Le projet Par les communes, mené par le Parc naturel régional de la Montagne de Reims en collaboration avec le Diable à 4 pattes, s’achève en 2018, avec les commémorations du centenaire de l’Armistice. Cette clôture de résidence prendra la forme d’un grand spectacle participatif, destiné à être représenté six fois dans la forêt des Faux de Verzy. Une partie « déambulation », scénographiée par le sculpteur Christian Lapie et peuplée de figurants, emmènera le spectateur à la découverte des lieux et le plongera tout doucement dans l’univers du spectacle, celui des morts de la Grande Guerre et des anciens dieux…

Olympe, novembre 1918…

L’histoire… Novembre 18… La Grande Guerre est sur le point de s’achever, mais on meurt encore beaucoup sur le front, au rythme de deux cents tués par jour en moyenne. En Russie, Blancs et Rouges s’affrontent, les Blancs assassinant systématiquement Juifs et paysans, au cas où, cependant que dans le désert syrien les derniers représentants du peuple arménien déporté par les Turcs finissent de succomber à la faim. Ce n’est déjà pas très brillant, mais il faut encore que débute alors la pire pandémie de l’histoire humaine, celle de la grippe espagnole qui tuera trois fois plus que la peste noire.

L’avenir, décidément, s’annonce radieux…

Mais ce n’est pas la préoccupation majeure d’André. Sa amour, Maddalena, vient de mourir de la grippe et André, enragé de chagrin devant cette mort absurde et scandaleuse, a décidé de la ramener d’entre les morts. Le voilà, fort de son bon droit, parti dans l’au-delà à la recherche de son âme sœur. Mais l’au-delà ne ressemble pas du tout à ce qu’il s’était imaginé. En effet, devant l’afflux de morts, les paradis monothéistes ont purement et simplement fermé leurs portes et c’est dans le très ancien enfer de la mythologie grecque que les âmes trouvent refuge. Il va donc lui falloir affronter Charon, le passeur d’âmes, Cerbère, le chien à trois têtes, et puis les dieux eux-mêmes, à commencer par Hadès, dieu des morts, lequel s’avère très satisfait de cette extraordinaire affluence de visiteurs dans son royaume et n’entend pas de cette oreille qu’on prétende le priver d’un seul d’entre eux. Heureusement, André va faire sur les rives du Styx quelques rencontres intéressantes : morts débrouillards et musiciens, morts roublards et morts pour rien… Et puis surtout cette petite âme gracieuse et bien avisée qui connaît les lieux comme sa poche…

Où ailleurs qu’aux Faux de Verzy un tel spectacle pourrait-il avoir lieu  ? Les formes énigmatiques de ses arbres n’annoncent-elles pas la présence de faunes et de dryades  ? Et quand le soir venu l’obscurité monte du sol pour épouser les troncs tortueux, quelles figures archaïques ne surgissent-elles pas, revenues des tout premiers temps de notre histoire  ? Forêt mystérieuse et envoûtante par excellence, elle se prête comme par enchantement à la fantaisie de convoquer les anciens dieux et de leur demander, au nom des innombrables morts oubliés, la justice de la mémoire.

Osselets

Dans le bois noir des rives du Styx, des âmes en attente de traverser le fleuve sur la barque de Charon. Parmi elles, celles de Rachel et d’Enzo. Enzo, dont la gorge a été transpercée par la lame d’un sabre, tient une guitare, dont il joue quand il doit parler, et Rachel un livre, qu’elle lit durant tout le début de la scène. Tous deux se tiennent un peu à l’écart d’un groupe d’enfants qui font une partie d’osselets.

Franzeska, après avoir joué sans succès, à Dérénik et Kaspar. – Pff ! Je n’y comprends rien, votre jeu, ça m’ennuie. Comment tu fais avec tes doigts, là, hein, comment tu fais ? Ah, grrr ! (Tendant les osselets à Dérénik.) Tiens. Moi, j’arrête, ça m’énerve.

Marlene. – Moi aussi.

Béatrice. – Ouais, c’est emmerdant.

Eugénie. – Ouais, c’est vraiment chiant.

Kaspar, à Marlene et Franzeska. – Ah bon ? Vous voulez jouer à quoi, alors ?

Franzeska, à Kaspar. – Je ne sais pas. Pas à ça. À autre chose. N’importe quoi. Je ne sais pas. À rien.

Kaspar. – À rien ?

Franzeska. – À rien.

Kaspar. – Mais on va s’ennuyer à jouer à rien.

Béatrice, à Kaspar. – S’ennuyer à rien foutre ou s’emmerder à jouer, ça change quoi ?

Kaspar. – Quand même, moi, je n’aime pas, rester sans rien faire, ça me tourne dans la tête.

Franzeska. – Eh bien, je ne sais pas moi, je n’en sais rien. Tiens, on n’a qu’à se raconter des histoires.

Kaspar. – Des histoires ?

Franzeska. – Eh bien oui.

Marlene. – Ah oui, c’est une bonne idée !

Kaspar. – Des histoires ? Des histoires de quoi ?

Franzeska. – Eh bien des histoire, n’importe quelles histoires.

Marlene. – Des histoires !

Franzeska. – Tiens, tu n’as qu’à nous raconter comment tu es mort.

Kaspar. – Quoi ?

Franzeska. – Comment tu es mort. Raconte.

Kaspar. – Mais je n’ai pas envie de raconter ça, moi.

Marlene. – Ah mais si, c’est rigolo.

Dérénik, à Marlene. – Eh bien, commence, toi, si tu trouves ça rigolo. Raconte-nous comment tu es morte.

Marlene. – Ah oui… Oui oui, oui, je veux bien, mais le problème, c’est que je ne me souviens plus trop. Tu te rappelles, toi, Franzeska ?

Franzeska. – Comment je suis morte ?

Marlene. – Non, comment moi, je suis morte. C’est tout flou…

Franzeska. – Toi, moi, ça revient au même, on est mortes toutes les deux pareil. De faim. On n’avait pas que du pain de guerre à bouffer, bah !

Marlene. – Kriegsbrot !

Franzeska. – Avec on ne sait pas quoi dedans. Alors…

Marlene. – Ah oui, ça y est, je me souviens ! Chez Frieländer, à la ferme ?

Franzeska. – À la ferme, oui.

Marlene. – Tout le monde crevait de faim, là-bas, à cause du blocus. Ah, je me souviens ! Oh la la ! Ça tirait dans le ventre, toute la journée, toute la nuit, ça tirait, ça tirait. On n’arrêtait pas de penser à ça, tu te rappelles ? On s’imaginait qu’on entrait dans des pâtisseries avec des revolvers et qu’on mangeait tout ce qu’il y avait. « Haut les mains ! » Et hop, à nous les nonnettes à la crème…

Franzeska. – Les forêts noires…

Marlene. – Les tartes aux pommes…

Franzeska. – Le pain d’épices…

Marlene. – La nougatine…

Franzeska. – Les religieuses au chocolat !

Marlene. – Les religieuses au chocolat !

Franzeska. – Et puis après, on braquait la charcuterie…

Marlene. – Ce gros salaud de Franz…

Franzeska. – « Bouge ta graisse de là, salaud ! À nous les jambons ! À nous les pâtés ! »

Marlene. – Ah la la, qu’est-ce qu’on a pu bâfrer ! On a bien rêvé, quand même, hein ? Combien de fois on lui a fait la peau à sa bonne femme pour lui piquer ses saucissons ?

Franzeska. – Oui. À la fin, on ne pouvait plus bouger tellement toute cette bouffe dans la tête elle nous rongeait l’estomac. C’est moi qui suis partie la première, non ?

Marlene. – Je ne sais plus. Oui, c’est possible, oui.

Béatrice. – Ouais. Eh bien moi, c’est le père.

Eugénie. – Le père ?

Béatrice. – Un coup de tisonnier sur la théière. Pan. Je n’ai rien vu venir. Et puis vlam-pouf sur la table, écroulée dans ma soupe. Pas le temps de dire ouf, je me suis retrouvée ici.

Marlene, à Béatrice. – Elle était à quoi, la soupe ?

Béatrice, à Marlene. – La soupe ? Je ne sais plus. Au chou, au poireau…

Marlene, rêveuse. – J’aimais bien la soupe au chou…

Eugénie, à Béatrice. – Tu lui avais fait quoi ?

Béatrice, à Eugénie. – À qui ? À mon père ?

Eugénie. – Oui ?

Béatrice, à Eugénie. – Eh bien, rien, qu’est-ce que tu crois ? Comme si le père il avait besoin d’une raison. La mère n’était pas là, c’est moi qui ai pris. Il n’a pas cherché à comprendre. C’est le pinard, ça. Le pinard, puis la grenade qu’il s’est mangée dans les roustons au Chemin des Dames.

Eugénie. – Oupf !

Béatrice. – Ça, on ne l’appelait pas bonne humeur, crois-moi. Et toi ?

Eugénie. – Oh, eh bien, moi, c’est banal, hein. J’ai eu l’appendicite. Ça a mal tourné. C’est tout. Mais, oh, putain la vache, qu’est-ce que j’ai dérouillé ! Ouh la la !

Franzeska. – Ah, oui, quand même, c’est douloureux de mourir.

Eugénie. – Ouais. Ouais… (À Kaspar et Dérénik.) Bon, alors et vous deux, là, les frangins ? Comment que vous êtes arrivés ici ?

Kaspar. – Je ne veux pas jouer à ce jeu.

Béatrice. – Allez, on s’emmerde aux osselets, raconte-nous.

Kaspar. – Non.

Eugénie. – Allez, on a tous raconté, nous.

Kaspar. – Non.

Marlene. – Allez !

Kaspar. – Non.

Franzeska. – Allez !

Kaspar. – Non !

Kaspar s’éloigne et se retrouve à côté d’Enzo.

Béatrice, à Kaspar. – Eh bien, qu’est-ce que tu fous ?

Dérénik, à Béatrice. – Laisse-le. Il ne veut pas raconter. Il y a des choses, peut-être, il ne faut pas les raconter. En tout cas, chez nous, en Arménie, c’est comme ça, on ne dit pas toujours tout.

Enzo commence de jouer quelque chose de très doux à l’attention de Kaspar. Entrent Hermès et André. Rachel lève les yeux de sa lecture. André est toujours évanoui. Hermès l'installe contre le tronc d’un arbre.

Béatrice, à propos d’Hermès. – Dis donc, il les porte, maintenant ? Il ne nous a pas portés, nous.

Eugénie. – Ouais, enfin, il n’en porte qu’un. S’il doit tous se les trimballer comme ça, il n’a pas fini.

Marlene. – Non, ça, c’est sûr. Il n’y en a vraiment qu’un ? Ce n’est pas un tas, plutôt ?

Béatrice. – Non, non. Il n’y en a qu’un.

Marlene. – C’est bizarre, ça. D’habitude, ça fait des vagues, on se croirait au défilé.

Eugénie. – Peut-être que la guerre est finie.

Béatrice, haussant les épaules. – Tu parles, qu’elle est finie, la guerre ! De toute façon, si ce n’est pas la guerre, c’est la grippe. Si ce n’est pas la grippe, c’est la révolution. Les défilés, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Eugénie. – Tu as raison. C’est vraiment bizarre.

Dérénik, à propos de André. – Il n’a pas l’air comme les autres.

Béatrice, à Dérénik. – Qui ?

Dérénik, à Béatrice. – Le crevé, là-bas.

Béatrice, à Dérénik. – Qu’est-ce qu’il a ?

Dérénik, à Béatrice. – Je ne sais pas. Regarde. Il est drôle. Il n’est pas comme les autres.

Béatrice, à Dérénik. – Ah oui ? Tu trouves ?

Dérénik, à Béatrice. – Oui. Je trouve.

Hermès glisse une pièce d’argent entre les dents de André, puis il sort. Dérénik et Béatrice échangent un coup d’œil puis s’approchent de André, bien vite rejoints par les autres, ainsi que par Kaspar. Enzo arrête de jouer.

Béatrice, touchant André. – Putain, il est tout chaud !

Eugénie, idem. – Oh, la vache !

Dérénik. – Dépêchons-nous.

Ils volent la pièce de la bouche de André, puis lui font les poches, dénichant d’autres pièces de monnaie. Les six enfants comptent leur butin.

Béatrice. – Six, putain ! Six pile !

Eugénie. – On va pouvoir passer ? Ça veut dire qu’on va pouvoir passer ?

Béatrice. – Un peu qu’on va pouvoir passer ! Tous les six !

Franzeska, à Marlene. – Tu entends ? Tu entends ? On va pouvoir passer !

Marlene. – De l’autre côté… Enfin…

Dérénik, remettant une pièce à Kaspar. – Tiens. Comme ça…

Dérénik montre à Kaspar comment mettre la pièce dans sa bouche. Kaspar l’imite et les autre en font autant. Ils sortent.

 
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