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Une valse à 5 temps

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Création
Un spectacle des
Petits historiques foutraques

Créé le 25.VI.2011 à Germaine
Textes de Élodie Cotin,
Francine Forget et Sébastien Weber
Mise en scène de Élodie Cotin
assistée de Sarah Weber
Lumière de Alexandre Viala
Avec Bernard Assier, Élodie Cotin
Bernard Forget, Francine Forget,
Françoise Jimenez, Christian Termis
et les habitants de Germaine
Musique : Françoise Danger
Contacts
Élodie Cotin

Germaine

Généralement, la réputation d’une commune se fait à partir de ses caractéristiques patrimoniales, de ses spécialités culinaires ou toute autre ressource. À Germaine, c’est différent. Outre la richesse de son passé (lointain et plus récent), son charme, sa position stratégique qui a joué un grand rôle pendant les guerres, mais offre, en temps de paix, un lieu idéal pour les sorties en plein air des citadins, son principal atout est son tissu social…

Si l’épicerie, l’hôtel-restaurant et les bistrots ont disparu, si le lavoir est déserté, les grandes dates rituelles sont encore et toujours d’excellents prétextes pour se retrouver et faire la fête ensemble. Que ce soit pour l’arbre de Noël, pour la cérémonie des vœux, pour la fête patronale ou la kermesse de l’école : tout le monde répond présent. Il y a aussi la cantine scolaire que des parents ont décidé de prendre en charge et les nombreuses activités proposées par des associations très dynamiques.

Surtout, surtout, le trait essentiel qui ressort : l’exemplaire solidarité de ses habitants.

À quoi est-ce dû ? N’y a-t-il qu’une seule et unique raison : l’activité principale qui faisait vivre la plupart des Germinois — le travail du bois — jusqu’au milieu du siècle dernier ? L’installation d’une nouvelle génération de familles partageant les mêmes soucis, dans les années 90 ? L’enclavement lorsque les routes enneigées sont impraticables et qu’on ne peut compter que sur ses propres ressources, ou, au contraire, la voie ferrée qui permet la liaison entre Épernay et Reims et s’arrête à la gare de Germaine ?

Un spectacle à 136

Conçu comme un travail collectif, ce spectacle a été l’objet de plusieurs réunions avec les élus et les représentants des associations de Germaine. il fut décidé que une Valse à Cinq Temps remplacerait, pour une fois, la traditionnelle fête du village, en lieu et place des manèges habituels.

C’est ainsi que trente personnes furent interviewées et que furent mises en place vingt-six heures d’atelier théâtral. L’âge des participants courait de 7 à 78 ans. Pour les associations participantes, on doit nommer Le Comité des Fêtes, le Club joie de Vivre, les Parents d’Élève, le Club de Danse, le Club de Théâtre. L’école du village fut également mise à contribution. au total, ce sont 136 personnes qui mirent la main à l’ouvrage (fabrication des décors, confection des costumes, etc.), 48 d’entre elles se retrouvant également sur « scène » pour de la figuration et pour de petits rôles. Le jour de la représentation, on dénombra trois cents spectateurs, majoritairement des Germinois, mais également des Nanteuillats et des Mutignats.

Une soirée commémorative de l’événement à l’initiative des habitants a eu lieu en mars 2012 avec la projection du film du spectacle.

Une valse à 5 temps

Témoignages

Vidéo(s) : Nicolas Di Tullio

L'Union — 29 juin 2011

Germaine — la compagnie le Diable à 4 Pattes, du spectacle autour du lavoir

« La valse à cinq temps » présentée samedi dernier à Germaine devant 300 spectateurs par la compagnie « le Diable à 4 Pattes » a remporté un énorme succès. Ce collectif, né de la volonté de créer des spectacles avec les habitants des villages en utilisant leurs paroles, anecdotes, événements ou histoires, a demandé plus d’un an de préparation.

C’est sous la direction d’Élodie Cotin que cette troupe de 80 acteurs, tous habitant la commune de Germaine, que ce petit « historique foutraque » a eu lieu dans une ambiance de théâtre populaire très apprécié du public.

Dans les rues, le linge pendu plantait le décor tout au long du parcours. Des scènes parfois drôles, parfois grinçantes ou cocasses… La lessive autour du lavoir où la conversation n’était que ragots était bien vue et certainement vécue. La véritable bataille de lavandières a créé un joyeux désordre, heureusement le soleil encore complice en cette fin de journée permettait les éclaboussures ! Les rires fusaient dans la foule. Le signal de départ pressait les spectateurs pour une autre aventure, celle-ci, retraçait l’épopée des bucherons bien utiles dans cette commune forestière… Celle-là, l’école où les enfants ont tenu leurs rôles à merveille, complices et farceurs.

Dernière scène avant de retrouver les 135 intervenants qui ont œuvré pour la réussite de cette soirée, félicités chaleureusement par Corinne Demottier, maire de Germaine, avant l’ouverture d’un bal à l’ancienne. La MJC d’Aÿ et la communauté de communes de la Grande Vallée de la Marne donnent rendez-vous à la rentrée prochaine pour de nouvelles programmations.

L'Union — 16 mai 2011

Germaine – Théâtre de rue Ambiance de grande lessive

Les habitants de Germaine étaient conviés à une rétrospective de la « Valse à cinq temps » spectacle de rue collectif mêlant les habitants du village à la troupe du « Diable à 4 Pattes » de la MJC d’Aÿ, sous la direction d’Élodie Cotin.

Afin de se replonger dans l’ambiance, le décor était planté dans et autour de la salle des fêtes, recréant ainsi l’ambiance joyeuse de cette grande lessive. À chacun de se reconnaître dans le film projeté et le livre imprimé pour l’occasion.

Rencontre des générations

En tant que maire du village, Corinne Demotier félicita chaleureusement l’implication de tous les participants, rassurée par le succès de ce projet collectif qui a fédéré une centaine de personnes, ses craintes étant que dans son village périurbain, qui n’est pas viticole et où les gens travaillent à l’extérieur, ne soit qu’un village dortoir.

La dynamisme du club de l’Amicale de Germaine prouve que toutes les générations peuvent se rencontrer et partager la culture rendue accessible grâce à la contribution de l’intercommunalité et que cela ne se limite pas à une question technique. La soirée s’est terminée dans la bonne humeur avec les savoureux « bavardages » des lavandières.

Les bûcherons

Chants italiens. Tout le monde travaille. Bernardo donne un coup de sifflet. Tous le monde s'étire, pose les outils, sort un casse-croûte. Discussions, rires. Fabio soupire.

Bernardo. – Qu’est-ce tu as ?

Fabio. – Faut que j’écrive à ma femme.

Bernardo. – Ben, qu’est-ce tu attends ?

Fabio. – Je sais pas quoi y dire.

Bernardo. – Je vais t’aider. (Fabio soupire.) Tu as qu’à raconter la vie ici.

Fabio. – Tu crois ?

Bernardo. – Mais oui. C’est ça qu’elle veut. Avoir des nouvelles. Raconte, et puis moi je tourne les phrases.

Fabio. – Bon, d’accord. Alors, je me lève, il est cinq heures.

Bernardo. – Vas-y, continue…

Fabio. – Ben, tu le sais tout ça…

Bernardo. – Bien sûr qu’on le sait, mais c’est ta femme, pas la mienne. Alors raconte, toi.

Fabio. – D’accord… Alors on se lève à cinq heures. Fait noir, fait froid. Y a toi qui ronfle, mais je te réveille pas. Je me lève et j’attise le feu. Puis je sors pisser. Quand y fait vraiment trop froid, je pisse sur mes mains, un vieux truc de mon grand-père pour prévenir les engelures. Y en a comme ça qu’ont dû se faire amputer. Après, je…

Bernardo, l'interrompant. – Attends, c’est ça… J’écris… Voilà.

Fabio. – Tu vas écrire ça ?

Bernardo. – Oui, oui, tu vas voir ! Continue.

Fabio. – Bon… Alors après, quand le café est prêt, ben j’te réveille. On le boit, on dit un peu la prière et puis on part. On retrouve les autres sur la taille et puis on se met au boulot. Quand le soleil est bien levé, on fait une première pause et un deuxième tour de café. Le matin, y a ceux qui percent les ampoules avec une aiguille chauffée et puis ceux qui s’épouillent. Marco a un peigne et on…

Bernardo, l'interrompant. – Attends, c’est ça… J’écris… Voilà.

Fabio. – Tu vas écrire ça ?

Bernardo. – Oui, oui, tu vas voir ! Continue.

Fabio. – Alors après, on se remet au boulot. Souvent on chante, les chants de chez nous. Moi, ça me fait du bien, je me revoie dans l’épicerie le matin, quand madame Stenza arrive pour livrer ses œufs frais. Épicier, j’aimais mieux que bûcheron, mais bon, on prend le boulot qu’il y a. Vers midi, on entend les gamins de l’école qui déjeunent dans la cour. Y a souvent le vent qui porte les rires jusque-là. Nous, on a fait cuire la tambouille pour tout le monde. Chacun donne un peu et on cuisine à tour de rôle. Haricot, patate, un bout de bidoche quand on a chopé quelque chose…

Bernardo, l'interrompant. – Attends, c’est ça… J’écris… Voilà.

Fabio. – Tu vas écrire ça ?

Bernardo. – Oui, oui, tu vas voir ! Continue.

Fabio. – Ben après, c’est l’après-midi et c’est long, on a tous hâte que ça finisse. Parce qu’on a mal au dos, parce qu’on a hâte de croiser les femmes qui reviennent du lavoir quand on va un peu sur la place pour boire un coup. Elles nous regardent de travers, ces femmes-là, et nous on rit et on leur parle en italien, elles font celles qu’entendent pas, mais elle nous passent devant quand même. Y a toujours les vieilles qui se mettent devant les jeunes, d’ici qu’on regarderait de trop prêt leurs mollets ou leurs…

Bernardo, l'interrompant. – Attends, c’est ça… J’écris… Voilà.

Fabio. – Tu vas écrire ça ?

Bernardo. – Oui, oui, tu vas voir ! Continue.

Fabio. – Ben après, on se raconte des truc du pays, le soir, autour du feu. Pas tous les soirs parce que parfois la fatigue te tient tellement aux tripes qu’on arrive même plus à vider la tasse qu’on a dans les mains. Ceux qui boivent trop tiennent pas de toute façon.

Bernardo, l'interrompant. – Ouais, c’est bien, continue !

Fabio. – Puis on s’endort et on rêve… De femmes et de draps propres. Et de bouffe. Y a toujours un moment où la bouffe prend le dessus. C’est qu’on mange pas trop, ici.

Bernardo, l'interrompant. – Ouais, c’est bien, continue !

Fabio. – Y a que le samedi soir qu’on est un peu tranquille, parce que le dimanche, c’est repos. On va à la pêche, on joue aux boules…

Bernardo, l'interrompant. – Ouais, c’est bien, continue !

Fabio. – Même la messe, on y va : il fait chaud dans l’église…

Bernardo, l'interrompant. – Ouais, c’est bien, continue !

Fabio. – Mais le soir, on compte les sous et on se dit que c’est pas pour tout de suite que la famille elle va venir, et qu’on repartira peut-être jamais de cet enfer-là…

Bernardo, l'interrompant. – Ouais, c’est bien, continue !

Fabio. – Alors on boit, et on dort comme des brutes en redoutant l’hiver qui arrive.

Bernardo, l'interrompant. – Ouais, c’est bien, continue !

Fabio. – Y en a un qui est mort, l’hiver dernier, un trop vieux, il a pas supporté le climat.

Bernardo. – C’est bon, c’est bon… Attends. Voilà, je tourne ta lettre…

Fabio. – Tu as tout mis ?

Bernardo. – Ben, j’ai résumé… Voilà. Ta lettre est prête, tu as plus qu’à signer.

Fabio. – Alors, tu as mis quoi ?

Bernardo, lisant. – « Cara mia, tout va bien ici, le travail est tranquille et nous sommes bien logés. C’est agréable de travailler au grand air, surtout quand il fait bon comme ça. On se baigne dans la rivière après la messe. J’aurai bientôt assez pour te faire venir, j’économise la moindre piécette. Je t’imagine ici, avec ta jolie jupe bleue… Je viendrai de te biser quand tu rentreras du lavoir. Il y a une belle école ici et les enfants auront de l’instruction. Comment va ta maman ? Dis-lui que je l’embrasse bien fort. Je prie tout les jours et je demande au Seigneur de nous réunir tous à nouveau. Je t’aime. Ton Fabio. »

Ils se regardent en silence.

Fabio. – C’est bien.

Coup de sifflet. Ils se remettent au travail.

 
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