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Les étrangers sont une chance

Un texte d'Alain Badiou…

Il faut partir d’une constatation très simple. Aujourd’hui, un vrai monde constitué par les hommes et les femmes qui vivent sur cette planète n’existe pas.

Pourquoi est-ce que je dis qu’un monde des femmes et des hommes n’existe pas ? Parce que le monde qui existe, le monde de la mondialisation, est uniquement un monde des objets et des signes monétaires, un monde de la libre circulation des marchandises et des flux financiers. Il est exactement le monde prévu par Marx il y a cent cinquante ans : le monde du marché mondial. Dans ce monde, il n’y a que des choses — les objets vendables — et des signes — les instruments abstraits de la vente de l’achat, les différentes formes de la monnaie et du crédit. Mais il n’est pas vrai que dans ce monde existent librement des sujets humains. Et, pour commencer, ils n’ont absolument pas le droit élémentaire de circuler et de s’installer où ils veulent. Dans leur écrasante majorité, les femmes et les hommes du soi-disant monde, le monde des marchandises et de la monnaie, n’ont nullement accès à ce monde. Ils sont sévèrement enfermés à l’extérieur, là où il y a pour eux très peu de marchandises et pas du tout de monnaie. « Enfermement » est ici très concret. Partout dans le monde on construit des murs. Le mur qui doit séparer les Palestiniens et les Israéliens ; le mur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis ; le mur électrique entre l’Afrique et l’Espagne ; le maire d’une ville italienne propose de construire un mur entre le centre de la ville et la banlieue ! Toujours des murs pour que les pauvres restent enfermés chez eux.

Il y a presque vingt ans, le mur de Berlin est tombé. C’était le symbole de l’unité du monde, après cinquante ans de séparation. Pendant ces cinquante ans, il y avait deux mondes : le monde socialiste et le monde capitaliste. On disait : le monde totalitaire et le monde démocratique. Alors, la chute du mur de Berlin était le triomphe d’un monde unique, le monde de la démocratie. Mais aujourd’hui nous voyons que le mur s’est seulement déplacé. Il était entre l’Est totalitaire et l’Ouest démocratique. Il est aujourd’hui entre le Nord capitaliste riche et le Sud dévasté et pauvre. À l’intérieur des pays, la contradiction opposait une classe ouvrière forte et organisée, et une bourgeoisie dominante qui contrôlait l’État. Aujourd’hui, il y a côte à côte les riches bénéficiaires du trafic mondial et la masse énorme des exclus, et entre les deux toutes sortes de murs et de séparations : ils ne vont plus dans les mêmes écoles, il ne sont plus soignés de la même façon, ils ne peuvent pas se déplacer par les mêmes moyens, ils ne logent plus dans les mêmes parties de la ville…

« Exclu » est le nom de tous ceux qui ne sont pas dans le vrai monde, qui sont dehors, derrière le mur et les barbelés. Il y avait, jusqu’il y a trente ans, un mur idéologique, un rideau de fer politique ; il y a maintenant un mur qui sépare la jouissance des riches du désir des pauvres.

Tout se passe comme si, pour qu’existe le monde unique des objets et des signes monétaires, il fallait durement séparer les corps vivants selon leur provenance et leurs ressources. Aujourd’hui il n’y a pas de monde. Parce que le monde unifié du Capital a pour prix la brutale, la violente division de l’existence humaine en deux régions séparées par des murs, des chiens policiers, des contrôles bureaucratiques, des patrouilles navales, des barbelés et des expulsions.

Pourquoi est-ce que ce que nous appelons l’immigration devient, dans le monde entier, une question politique fondamentale ? Parce que tous ces humains vivants qui arrivent, qui tentent de vivre et de travailler dans divers pays, sont la preuve que la thèse de l’unité démocratique du monde est entièrement fausse.

Si elle était vraie, nous devrions accueillir ces étrangers comme des gens du même monde que nous. Nous devrions les aimer comme on aime un voyageur qui fait halte tout près de votre maison. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. Massivement, nous pensons que ces gens viennent d’un autre monde. Voilà le problème. Ils sont la preuve vivante que notre monde démocratique et développé n’est pas le monde unique des femmes et des hommes. Il existe chez nous des femmes et des hommes qui sont considérés comme venus d’un autre monde. La monnaie est partout la même, le dollar ou l’euro sont partout les mêmes ; les dollars ou les euros que possède cet étranger venu d’un autre monde, nous les accepterons volontiers. Mais lui, ou elle, dans sa personne, sa provenance, sa façon d’exister, nous dirons qu’il n’est pas de notre monde. Nous le contrôlerons, nous lui interdirons le séjour. Nous nous demanderons avec anxiété combien il y en a chez nous, combien de ces gens qui viennent d’un autre monde ? Question horrible, quand on y pense. Question qui prépare forcément la persécution, l’interdiction, l’expulsion en masse. Question qui nourrit la part criminelle des politiques.

Voici ce que nous pouvons dire : Si l’unité du monde est celle des objets et des signes monétaires, alors, pour les corps vivants, il n’y a pas d’unité du monde. Il y a des zones, des murs, des voyages désespérés, du mépris et des morts.

C’est pourquoi la question politique centrale aujourd’hui est bien celle du monde, de l’existence du monde.

Le monde unique, contre le faux monde du marché mondial : c’est ce que désirait le grand communiste Marx, auquel nous devons revenir. Il affirmait énergiquement que le monde est ce qui est commun à toute l’humanité. Il disait que l’acteur principal de l’émancipation, le prolétaire, oui, il disait : le prolétaire n’a pas de patrie autre que le monde entier des vivants. Et que pour cela il fallait en finir avec le monde du marché mondial, c’est à dire le monde des marchandises et de la monnaie. Le monde du capital et des propriétaires. Pour qu’il y ait le monde commun de tous, il fallait en finir avec la dictature financière de la propriété privée.

Aujourd’hui, cette puissante vision de Marx, certains, pleins de bonne volonté, croient qu’on peut y arriver par un élargissement de la démocratie. Il faudrait étendre au monde entier la bonne forme du monde, celle qui existe dans les démocraties occidentales ou au Japon. Ce qui n’est pas bien, c’est qu’il n’y a pas cette démocratie partout. Mais à mon avis cette vision est absurde. Le monde démocratique occidental a pour base matérielle absolue la propriété privée. Sa loi, c’est qu’un pour cent des gens possèdent 46 % des richesses mondiales, et que dix pour cent possèdent quatre-vingt-six pour cent des richesses mondiales. Comment faire un monde avec des inégalités aussi féroces ? Dans les démocraties occidentales, la liberté, c’est d’abord la liberté sans limite de la propriété, de l’appropriation de tout ce qui a de la valeur. Et puis c’est la liberté de la circulation des objets et des signes monétaires. La conséquence fatale de cette conception est la séparation des corps vivants par et pour la défense acharnée, la défense impitoyable des privilèges de la richesse.

Du reste, nous connaissons parfaitement la forme concrète de cet « élargissement » de la démocratie. C’est, tout simplement, la guerre. La guerre en Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan, en Somalie, en Libye, ce sont les dizaines d’interventions militaires de la France en Afrique…

Que pour soi-disant organiser des élections libres dans un pays il faille faire de longues guerres, doit nous amener à réfléchir, non seulement sur la guerre, mais sur les élections. À quelle conception du monde est liée aujourd’hui la démocratie électorale ? Après tout, cette démocratie impose la loi du nombre. Tout comme le monde unifié par la marchandise impose la loi monétaire en nombre. Il se pourrait bien qu’imposer par la guerre le nombre électoral, comme à Bagdad, à Tripoli, à Belgrade, à Bamako ou à Kaboul, nous ramène à notre problème : si le monde est celui des objets et des signes, c’est un monde où tout est compté. En politique aussi, on doit compter. Et ceux qui ne comptent pas, ou sont mal comptés, on leur imposera par la guerre nos lois comptables.

Ce qui prouve que le monde ainsi conçu, en réalité n’existe pas, ou n’existe artificiellement que par la violence.

Il faut, je crois, renverser le problème. Il faut affirmer dès le début, comme un axiome, comme un principe, l’existence du monde. Il faut dire cette phrase très simple : « Il y a un monde des femmes et des hommes vivants. » Cette phrase n’est pas une conclusion objective. Nous savons que sous la loi monétaire, il n’y a pas un monde unique des femmes et des hommes. Il y a le mur qui sépare les riches et les pauvres. Cette phrase, « il y a un monde » est performative. Nous décidons qu’il en est ainsi pour nous. Nous serons fidèles à cette phrase. Il s’agit de tirer les conséquences très dures et difficiles de cette phrase très simple. Exactement comme Marx, lorsqu’il crée la première organisation Internationale des ouvriers, tire les conséquences difficiles de son affirmation : les prolétaires n’ont pas de patrie. Les prolétaires sont de tous les pays. Les prolétaires sont internationaux.

Une première conséquence très simple concerne les gens d’origine étrangère qui vivent parmi nous. Ceux qu’on appelle les immigrés.

S’il y a un seul monde des femmes et des hommes vivants, eh bien, ils sont du même monde que nous. Voilà. Cet ouvrier africain noir que je vois dans la cuisine du restaurant, ou ce marocain que je vois creuser un trou dans la rue, ou cette femme voilée qui garde des enfants dans un jardin ; tous ceux-là sont du même monde que moi. C’est le point capital. C’est là, et nulle part ailleurs, que nous renversons l’idée dominante de l’unité du monde par les objets, les signes et les élections, idée qui conduit à la persécution et à la guerre. L’unité du monde est celle des corps vivants et actifs, ici, maintenant. Et je dois soutenir absolument l’épreuve de cette unité : ces gens qui sont ici, différents de moi par la langue, le costume, la religion, la nourriture, l’éducation, ils existent dans le même monde, ils existent comme moi, tout simplement. Puisqu’ils existent comme moi, je peux discuter avec eux, et alors, comme avec tout le monde il peut y avoir des accords et des désaccords. Mais sous la condition absolue de ce qu’ils existent exactement comme moi, ce qui veut dire, dans le même monde.

C’est ici qu’intervient l’objection de la différence des cultures. Comment cela ? Ils sont du même monde que moi ? Le partisan d’une politique des identités va dire : non non ! Notre monde n’est pas celui de n’importe qui ! Notre monde est l’ensemble de tous ceux pour qui nos valeurs valent réellement. Par exemple ceux qui sont démocrates, ceux qui respectent les femmes, ceux qui soutiennent les droits de l’homme, ceux qui parlent français, ceux qui font ceci ou cela, ceux qui mangent la même viande, ceux qui boivent du pinard en croquant du saucisson… Pour ceux-là il y a un même monde. Mais ceux qui ont une culture différente, ceux-là, dit le petit lepéniste, ne sont pas vraiment de notre monde. Ils ne sont pas démocrates, ils oppriment les femmes, ils ont des coutumes barbares… Comment quelqu’un qui ne boit pas de pinard et ne mange pas de cochon pourrait-il être du même monde que moi ? … S’ils veulent entrer dans notre monde, il faut qu’ils apprennent nos valeurs ; il faut qu’ils partagent nos valeurs. On leur fera passer un examen de valeurs, avec comme épreuves pinard à boire et jambon cru.

Le mot, pour dire tout ça, est « intégration » ; il faut que celui qui vient d’ailleurs s’intègre à notre monde. Pour que le monde de l’ouvrier qui vient d’Afrique et de nous autres, les maîtres de ce monde, soit le même, il faut qu’il devienne, lui, l’ouvrier africain, le même que nous. Il faut qu’il aime et pratique les mêmes valeurs. Un président de la République française, Nicolas Sarkozy, a dit : « Si des étrangers veulent rester en France, qu’ils aiment la France, sinon, qu’ils s’en aillent. » Et je me suis dit : je devrais partir, parce que je n’aime absolument pas la France de Nicolas Sarkozy. Je ne partage pas du tout ses valeurs d’intégration. Je ne suis pas intégré à l’intégration.

En réalité, si vous posez des conditions pour que l’ouvrier africain soit du même monde que vous, vous avez déjà ruiné et abandonné le principe : « il y a un seul monde des femmes et des hommes vivants. » Vous me direz : il y a quand même les lois d’un pays. Bien sûr. Mais une loi est absolument autre chose qu’une condition. Une loi vaut égalitairement pour tous. Une loi ne fixe pas une condition pour appartenir au monde. Elle est simplement une règle provisoire qui existe dans une région du monde unique. Et on ne demande pas d’aimer une loi. Seulement de lui obéir.

Le monde unique des femmes et des hommes vivants peut bien avoir des lois. Il ne peut pas avoir des conditions d’entrée ou d’existence en son sein. Il ne peut pas exiger que pour y vivre il faille être comme tous les autres. Encore moins comme une minorité de ces autres, par exemple être comme le petit bourgeois blanc civilisé. S’il y a un seul monde, tous ceux qui y vivent existent comme moi, mais ils ne sont pas comme moi, ils sont différents. Le monde unique est précisément le lieu où existe l’infinité des différences. Le monde est le même parce que les vivants de ce monde sont différents.

Si on demande au contraire à ceux qui vivent dans le monde d’être les mêmes, alors c’est le monde qui se ferme et devient, lui, en tant que monde, différent d’un autre monde. Ce qui prépare inévitablement les séparations, les murs, les contrôles, les mépris, les morts, le fascisme et finalement la guerre.

On demandera alors : ces infinies différences, est-ce que rien ne les règle ? N’y a-t-il aucune identité qui entre en dialectique avec ces différences ? Il y a un seul monde, très bien. Mais est-ce que cela veut dire qu’être français, ou être un Marocain qui vit en France, ou être breton, ou être musulman dans un pays de tradition chrétienne, est-ce que tout cela ne veut rien dire devant l’immense unité du monde des vivants ?

C’est une bonne question. Bien sûr, l’infinité des différences est aussi l’infinité des identités. Examinons un peu comment des identités distinctes peuvent se maintenir même quand on affirme l’existence d’un seul monde pour tous les vivants humains.

Et d’abord, qu’est-ce qu’une identité ? La définition la plus simple est : une identité est l’ensemble des traits, des propriétés, par le moyen desquels un individu ou un groupe se reconnaît comme étant « lui-même ». Mais qu’est-ce que « lui-même » ? C’est ce qui, à travers toutes les propriétés caractéristiques de l’identité, demeure invariant. On peut donc dire qu’une identité est l’ensemble des propriétés qui soutiennent une invariance. Par exemple, l’identité homosexuelle est faite de tout ce qui se rattache à l’invariance de l’objet possible du désir ; l’identité d’un artiste est ce à quoi on reconnaît l’invariance de son style ; l’identité d’une communauté étrangère dans un pays est ce qui fait qu’on reconnaît son appartenance : la langue, les gestes, le costume, les habitudes alimentaires, etc.

Ainsi définie par invariants, l’identité est doublement référée à la différence.

L’identité est ce qui est différent du reste (identité statique).

L’identité est ce qui ne devient pas différent (identité dynamique).

À l’arrière-plan, nous avons la grande dialectique philosophique du Même et de l’Autre.

Sous l’hypothèse que nous vivons tous dans le même monde on peut affirmer le droit d’être le même, de maintenir et de développer son identité. Si l’ouvrier malien existe comme moi, il peut aussi bien affirmer qu’il a le droit, tout comme moi, de conserver et organiser les propriétés invariantes qui sont les siennes, la religion, la langue maternelle, les façons de jouer ou d’habiter, etc.

Il affirme son identité en refusant qu’on lui impose une intégration. Soit la pure et simple dissolution de son identité au profit d’une autre. Parce que cette autre identité, s’il pense comme je pense qu’il habite dans le même monde que moi, il n’a aucune raison a priori de la croire meilleure que la sienne.

Cela dit, cette affirmation identitaire a deux aspects bien différents, dans la dialectique du même et de l’autre.

Le premier aspect est le désir que mon devenir reste intérieur au même. Un peu comme quand Nietzsche énonce la fameuse maxime : « Deviens qui tu es. » Il s’agit du développement immanent de l’identité dans une nouvelle situation. L’ouvrier malien ne va rien abandonner de ce qui fait son identité individuelle, familiale ou collective. Mais il va peu à peu approprier tout cela, de façon créatrice, au lieu où il se trouve dans le monde. Il va ainsi inventer ce qu’il est : un ouvrier malien à Montreuil, ou plutôt, il va se créer lui-même comme mouvement subjectif, depuis le paysan malien jusqu’à l’ouvrier installé à Montreuil. Sans cassure intime. Mais par une dilatation de l’identité.

L’autre façon d’affirmer l’identité est négative. Elle consiste à défendre avec acharnement que je ne suis pas l’autre. Et c’est souvent indispensable, par exemple quand nos gouvernements, tous réactionnaires et complices du fascisme sur ce point, exigent une intégration autoritaire et persécutoire. L’ouvrier malien va affirmer avec force que ses traditions et ses usages ne sont pas celles du petit bourgeois européen. Il va même renforcer les traits identitaires religieux ou coutumiers. Il va s’opposer au monde occidental dont il n’accepte pas la supériorité. Et comment le lui reprocher, si on pense justement que l’idée de la supériorité d’un monde est absurde, puisqu’il y a un seul monde ?

Finalement il y a dans l’identité un double usage de la différence. Un usage affirmatif : le même se maintient dans sa propre puissance différenciante. C’est une création. Un usage négatif : le même se défend contre sa corruption par l’autre. Il veut préserver sa pureté.

Toute identité est le jeu dialectique d’un mouvement de création et d’un mouvement de purification.

On voit alors assez bien le rapport entre les identités et le grand principe : « Il n’y a qu’un seul monde. »

L’idée générale est simple : sous le principe de l’unité du monde des vivants, les identités font prévaloir la création sur la purification.

Pourquoi la politique des murs, des persécutions, des contrôles et des expulsions est-elle un désastre ? Pourquoi créée-t-elle une très dangereuse opinion fascisante ? Parce que, bien sûr, elle crée en fait deux mondes, ce qui revient à nier l’existence même de l’humanité, et à préparer des guerres infinies. Mais en plus, elle pourrit la situation à l’intérieur même de nos sociétés. Parce que les Marocains, les Maliens, les Roumains et tous les autres, ils viendront quand même, en grand nombre. Cependant la persécution va renforcer chez eux, non pas le processus de création, mais le processus de purification. En face de Sarkozy ou de Blair, de Hollande et de Valls, qui veulent l’intégration immédiate par les moyens de l’expulsion et de la persécution, nous aurons de jeunes islamistes prêts au martyre pour la pureté de la foi. Et cela transformera peu à peu nos sociétés en sociétés policières et répressives. Cela préparera le fascisme, qui n’est rien d’autre qu’une politique capitaliste policièrement asservie à un grossier phantasme national. C’est pourquoi il faut à tout prix soutenir tout ce qui fait que l’identité créatrice l’emporte sur l’identité purificatrice, si même nous savons que la seconde ne peut jamais complètement disparaître.

Pour cela l’unique méthode est d’affirmer d’abord qu’il y a un seul monde. Et que les conséquences internes de cet axiome sont forcément des actions politiques qui ouvrent l’aspect créateur des identités ; en sorte que je peux très précisément discuter, avec un ouvrier marocain ou une mère de famille venue du Mali, de ce que nous pouvons faire ensemble pour affirmer que nous existons, les uns comme les autres dans le même monde, quoique sous des identités partiellement distinctes.

Il faut organiser partout l’existence politique d’un monde unique. Nous allons nous rencontrer, et nous pourrons évidemment discuter nos différentes façons d’être dans le même monde. Mais d’abord, avant tout, nous allons demander ensemble l’abolition des lois de persécution, des lois qui font les murs, les rafles et les expulsions. Les lois qui livrent les étrangers à la police. Nous allons affirmer, avec force, comme dans un combat, que la présence en France de centaine de milliers de gens de provenance étrangère n’est en rien une question d’identité et d’intégration. Il s’agit là de prolétaires, qui en fin de compte nous enseignent, par leur vie active et nomade, qu’en politique, en politique communiste, on doit se référer à l’unique monde des humains vivants, et non au faux monde des nations séparées. Il suffit de voir tout ça avec l’idée simple qu’ils sont là et qu’ils existent comme nous. Il suffit de constater leur existence, et d’exiger qu’on la régularise, qu’on la considère comme une vie normale, comme une vie qu’on laisse exister comme toute autre. Il suffit au fond de faire tout ce qu’on fait très naturellement pour des amis.

Dans ce trajet collectif nous échangerons nos identités., sans avoir à renoncer à quoi que ce soit, ni à intégrer quiconque à quoi que ce soit. Les étrangers nous enseigneront comment, depuis leur long voyage, ils voient la très mauvaise politique de notre pays et comment ils participeront à son changement ; et nous enseignerons aux étrangers comment nous essayons depuis longtemps de la changer, cette politique, et comment nous voyons leur place essentielle dans l’avenir de ce combat. Il en sortira des idées imprévisiblement nouvelles. Et aussi des formes d’organisation, où la différence entre étrangers et nationaux sera entièrement subordonnée à notre conviction commune : il y a un seul monde où nous existons en égalité les uns aux autres, et dans ce monde nos identités peuvent s’échanger amicalement, pourvu que nous partagions des actions politiques.

Nous pouvons ainsi récapituler en quatre points notre trajet de pensée.

  1. Le « monde » du capitalisme déchaîné et des démocraties riches est un faux monde. Ne reconnaissant l’unité que des produits et des signes monétaires, il rejette la majorité de l’humanité dans un « autre » monde dévalué, dont il se sépare par des murailles et par la guerre. En ce sens, aujourd’hui, il n’y a pas de monde. Il n’y a que des murs, des noyades, des haines, des guerres, des zones de pillage, des zones abandonnées, des zones qui se protègent de tout, des zones de totale misère, et sur ce chaos prospèrent les idéologies criminelles.
  2. Donc, affirmer : « Il y a un seul monde » est un principe d’action, un impératif politique. Ce principe est aussi celui de l’égalité des existences en tout lieu de ce monde unique.
  3. Le principe de l’existence d’un seul monde ne contredit pas le jeu infini des identités et des différences. Il entraîne seulement que les identités subordonnent leur dimension négative (l’opposition aux autres) à leur dimension affirmative (le développement du même).
  4. En ce qui concerne l’existence dans nos pays de millions d’étrangers, il y a trois objectifs : s’opposer à l’intégration persécutoire ; limiter la purification réactive ; développer l’identité créatrice. L’articulation concrète de ces trois objectifs définit ce qu’il y a de plus important aujourd’hui en politique.

Sur ce lien intime entre la politique et la question des étrangers, aujourd’hui absolument central, il y a un texte étonnant de Platon, sur lequel j’aimerais conclure. C’est à la fin du Livre 9 de La République. Les jeunes interlocuteurs de Socrate lui disent : « Ce que tu nous as raconté, là, sur la politique, c’est très bien, mais c’est impossible. On ne peut pas le réaliser. » Et Socrate répond : « Oui, dans la Cité où l’on est né, c’est peut-être impossible. Mais ce sera peut-être possible dans une cité étrangère. » Comme si toute politique vraie supposait l’expatriation, l’exil, l’étrangeté. Souvenons-nous de cela quand nous allons amicalement faire de la politique avec des étudiants étrangers, des ouvriers étrangers, des jeunes des banlieues : Socrate a raison, le fait qu’ils soient étrangers, ou que leur culture soit différente, n’est pas un obstacle. Au contraire ! C’est une chance, c’est la possibilité de la création ici même des formes neuves de l’internationalisme. Et souvenons-nous que Marx disait ceci : la caractéristique la plus fondamentale du communiste, c’est qu’il est internationaliste. Parce que la réalisation d’une politique vraie en un lieu de ce monde unique que nous proclamons a absolument besoin, pour sa possibilité même, de ceux qui viennent d’un autre endroit du même monde.

Un premier ministre socialiste français a dit, au début des années quatre-vingt : « Les immigrés sont un problème. » Nous devons renverser ce jugement et dire : « Les étrangers sont une chance ! »

La masse des ouvriers étrangers et de leurs enfants témoigne dans nos vieux pays fatigués de la jeunesse du monde, de son étendue, de son infinie variété. C’est avec eux que s’invente la politique à venir. Sans eux nous sombrerons dans la consommation nihiliste et l’ordre policier. Nous nous laisserons dominer par les petits lepénistes et leurs flics.

Que les étrangers nous apprennent au moins à devenir étrangers à nous-mêmes, à nous projeter hors de nous-mêmes, assez pour ne plus être captifs de cette longue histoire occidentale et blanche qui s’achève, et dont nous n’avons plus rien à attendre que la stérilité et la guerre. Contre cette attente catastrophique, sécuritaire et nihiliste, saluons le vrai communisme, qui est la nouveauté, et donc l’étrangeté, du matin.

Alain Badiou

Les Orphelins vous remercient

Merci…

Aux comédiens d’abord, et tout particulièrement à tous, c’est-à-dire à Philippe Gaillard qui a endossé la défroque du sale type qu’on est bien content de voir mourir à la fin ; à Manon Méli et à Édouard Frigout dont la jeunesse n’a d’égal que le talent, l’audace et l’ardeur d’apprendre et qui deux soirs d’affilée brûlèrent les planches ; à Sylviane Carnoye et Denis Herlant, lumières des presbytères et authentiques phares spirituels de ce spectacle ; à Alain Colzy et Hasina Prola, modernes Laurel et Hardy dont l’une se fit peindre des moustaches tandis que l’autre y laissait quelques poils ; à Johanne Lagonotte, Christelle Frigout et Myriam Liot qui surent mettre leurs bienveillance et leur charme de côté pour camper d’abominables et glaçantes harpies ; à Jean-Michel Beghin et Nicolas Chauvet plus vrais que nature dans leurs rôles de pédagogues à l’ancienne ; aux malheureux élèves casseurs de cailloux de ces derniers, Charlotte Bardiaux, Bastien Batlle, Louise Beghin, Agathe Chauvet, Gaspard Chauvet, Marilou Chauvet, Salomé Chauvet, Timéo Liger, Lola Murgratroyd, Louise Péhu, Baptiste Prak et Romane Prak, dont il faut souhaiter qu’ils ne retiendront rien de l’absurde leçon qui leur fut assénée ces soirs-là ; à Jean Michel au naturel fort éloigné — Dieu merci ! — du caractère de son personnage qu’il incarna cependant avec une conviction à faire peur ; à Lily Rogier, parfaite en peste rebelle martyrisant ses compagnes d’infortune parce que si la vie vous mord les dents vous poussent ; à Lylou Lagonotte et Ambre Prola, cueilleuses de pommes solides et consciencieuses ; à Marie Colzy qui ne sait pas fumer mais sait sacrément bien jouer la comédie ; à Gaëlle Noiselet, veuve d’abord, prostituée ensuite, ce qui n’est vraiment pas de chance quand on y réfléchit ; à Delphine Villenet, Edwige Noiselet, Laure Boever et Claude Boever, pleureuses si admirables qu’on se serait cru en Sicile la langue et le soleil en moins ; à Françoise Schuele, remontée vaillamment en selle après une chute dont peu se seraient remis — bravo ! — ; à Annick Picart, Francine Loriot et Annie Martin, toujours impeccables dans leurs habits de bourgeoises ; à Jean-Claude Maucourant, sociétaire indétrônable de la troupe de Germaine ; à Marie Devienne qui troqua l’accent lorrain pour l’accent marnais et s’en doit parfois mordre les doigts ; à Isabelle Berlandi qui donna avec art et détermination la réplique à la précédente ; à Mauricette Scholtès qui sut résumer avec tranchant l’épineuse question des réfugiés lorrains ; à Anna Aguzzdi-Jacquier, Florence Michel, Isabelle Robert, Aline Buquet, Christine Richez, Laurence Gérard et Ginette Guilteaux qui firent avec éclat le procès à charge et à décharge d’un certain monsieur Citroën dont on oublie trop souvent que les chevrons furent sanglants ; à Manu Jacques et Lili Maucourant, étincelantes en future madame Landru et sa confidente ; à Jean-Jacques Martin et Johan Gallet, gais lurons en goguette et chair à canon en gestation ; à Philippe Billoud que ses fâcheuses convictions politiques n’empêchent pas de travailler ; à Anne Gaillard, Marielle Cadel et Isabelle Billoud, dont les aptitudes à la censure se sont révélées dans toute leur inquiétante et joviale froideur ; à Philippe Feneuil, remarquable de vérité dans le rôle d’un père fou d’alcool et de chagrin ; à Guy Pointillart qui fit siffler le train trois fois au moins ; à Nathalie Thomas, Nathalie Léger-Liébart, Léo Léger, Pauline Léger, Jessica Petit, Flavien Jacob, Céline Benallaoua et Yohan Michaux qui formèrent un genre de cas d’école digne d’être étudié dans les séminaires consacrés aux dérèglements familiaux ; à Gaëlle Ducoisy, Brigitte Allouchery, Maryline Lagauche, Jacky Guilpin, Jean-Marie Allouchery, Christine Lainé, Christophe Lainé et Antoine Merey d’avoir su si bellement rendre l’atmosphère d’un quai de gare ensanglanté ; à Jeannine Guignon, Édith Chassaigne, Edwige Cestia et Manon Martin d’être ce qu’elles sont, c’est-à-dire des êtres formidables, des amies et des comédiennes hors pair ; à Rémi Picart que son état d’homme paisible ne doit pas décourager de devenir un authentique sociopathe indifférent à la douleur d’autrui, il semble posséder toutes les qualités requises ; à Mathieu Noiselet et Romain Noiselet pour leur tout simplement éblouissante prestation ; à Luna Gaillard, Maëlys Gaillard, Galen Gaillard, Léo Morelle et Clara Boever, adorables enfants de rien, remarquables enfants de putains ; à Cécile Gallimand, Audrey Cornu, Ingrid Noiselet, Isabelle Glavier, Stéphanie Jardelle, mères théâtrales des précédents et toutes fort belles, talentueuses et sérieusement appétissantes ; à Laurence Lalin qui donna à entendre clairement ce que nombre de misérables crétins devraient un jour enfin comprendre ; à Pascal Cadel et Yves-Marie Hemara, incarnations sobres et donc ad-hoc du type même des michetons sus-mentionnés ; à Didier de Amorin, Gabriel Couvreur, Éric Chanez, Jacqueline Morville, Dominique Locquegnies, Thomas Bardoux, Géraldine Chauvet, Floriane Bardiaux, Alexandre Courant, Jeannine Beghin, Isabelle Prak, Anne Duchène, Marceau Locquegnies, nouveaux venus, bien venus, enthousiastes, on compte sur vous pour la prochaine fois ; à Patrice Tournant et Jocelin Jacob qui surent avec superbe mourir pour la bonne cause ; à Maryse Mignon, Pascale Petit et Chantal Jacob, des trésors, de grandes dames et, au vu de leur prestation, à tous les coups de véritables sorcières ; à Rose, enfin, Rose de Venteuil dont la présence muette fut la lumière paisible dedans ce grand bazar…

(Un grand merci à tous de la part de l’auteur
de lui avoir permis, en les incarnant, de lui sortir de la tête l’effrayante ribambelle
de tous ces personnages — centre trente dans la cervelle, c’est trop, c’est beaucoup trop.)

Et aussi…


À Mazda Mofid à qui il faut signaler que la place de Dieu va bientôt se libérer et qu’il serait inspiré de postuler compte tenu des miracles qu’il est capable d’accomplir ; à Thierry Éveloy et Nicolas Oudin, qu’on verrait bien en Fils et en Saint-Esprit au cas où le premier se décidait ; à Stéphane Bordonaro qui fit, merveilleusement et génialement, feu de si peu de bois ; à Rémi Costa, Lou Mary et Bernard Weber pour l’avenir enfin radieux de la chanson française ; à Philippe Billoud qui en plus d’avoir le couteau entre les dents n’est pas tout à fait manchot avec un tournevis ; à Chantal Cotin dont les conseils furent, nous l’espérons, suivis d’effets régnants ; à Mathieu Toubart, sourcilleux et cependant bienveillant administrateur des comptes fragiles de cette compagnie solide ; à Aurélie Melin, enfin, pour à peu près un million de choses divers et toutes remarquables…


Et enfin…


À Christine Faure et Geneviève Assier, splendides cousettes, épouses indulgentes, amies ; à Nathalie Thomas, présidente de la MJC de Venteuil ; à Nathalie Léger-Liébart, présidente de l’association Écolibri ; à Corinne Demotier et Delphine Boever, respectivement maires de Germaine et Louvois ; à Marie-José Grandcoing, pour son énergie ébouriffante et son soutien sans faille ; à Philippe Brugnon et Renaud Péhu, artisans de l’invasion de Rilly-la-Montagne par les hordes théâtrales ; à la Mairie de Rilly-la-Montagne ; à la Communauté de communes de la grande vallée de la Marne ; à l’Association ACJR ; à l’Association Écolibri ; au Centre culturel numérique Saint Exupéry ; à l’École de musique de Rilly-la-Montagne ; à la MJC Intercommunale d’Aÿ ; à la Région Champagne Ardenne ; au Département de la Marne ; à la Direction régionale des affaires culturelles de Champagne Ardenne ; à la Mission Centenaire « Label 14-18 ».

Pour mémoire, ce spectacle était dédié, en douce,
à tous les gosses qui en bavent, qui en chient,
qui morflent et qui dégustent.
Et ça fait du monde…


Mémo répétitions « Orphelins »

Un petit mot des metteurs en scène à l’attention des participants…

Bonjour à tous…

L’organisation des journées des 30 et 31 mai

Samedi 30 mai


La répétition aura lieu à la Salle des Fêtes de Germaine (après la voie ferrée, à côté du terrain de foot).

Pour le 1er acte : rendez-vous à 11 h

Pour le 2e acte : rendez-vous à 13 h

Pour le 3e acte : rendez-vous à 16 h

Plusieurs choses :

La répétition se fait à Germaine, car les techniciens seront en train de faire le montage du pont-lumière et du proscenium, activité incompatible avec des répétitions. Encore un grand merci à la commune de Germaine pour la mise à disposition de leurs salle des fêtes.

Il est probable que vous ayez à attendre avant de passer sur scène. Il ne s’agit pas d’un problème d’organisation, mais d’une contrainte liée au théâtre. Certaines scènes seront reprises plusieurs fois, d’autres pas, en fonction des difficultés et du nombre de personnes. Nous vous demandons de la patience ! En revanche, vous pourrez mettre à profit ce temps pour répéter entre vous.

Certains ont fait des pieds et des mains pour être présents ce jour-là. D’autres seront absents. À ceux qui ont déplacé des réunions familiales et autres contraintes professionnelles, merci ! Et d’avance, sachez que ceux qui ne sont pas là ne pouvaient tout simplement pas être là. On a tout regardé au cas par cas : impossible pour certains d’annuler un déplacement ou un engagement.

Certains d’entre vous jouent dans les trois actes. Il va falloir donc être présent toute la journée. Consolez-vous en vous disant que c’est le prix à payer pour avoir eu un texte plus long et peut-être bien aussi la rançon de la gloire !

Nous avons eu beaucoup de demandes pour aménager, changer, prévoir d’autres horaires. Ce n’est pas de la mauvaise volonté si nous ne l’avons pas fait. Dites-vous que vous êtes 139, de 5 à 74 ans, et qu’il est impossible de prévoir en fonction de chacun ! Changer l’horaire d’un acte équivaudrait à déplacer les horaires des 138 autres. Et c’est impossible !

La Compagnie prévoit de quoi manger et boire un coup, notamment pour ceux qui restent le midi. Il y aura aussi un coup à boire en fin de journée. N’hésitez pas à amener une bouteille ou un gâteau (il y a beaucoup d’enfants !)

La répétition a lieu en costumes impérativement. Si vous hésitez entre plusieurs paires de chaussures ou chemises, amenez-les, vous verrez avec Lou.

Pensez à réserver les places pour vos familles et vos amis : Parc naturel régional de la Montagne de Reims : 03 26 59 44 44.

Lorsque vous allez jouer votre scène, soyez conscient qu’il y aura en permanence une cinquantaine de personnes qui vous regarderont (les autres participants). Préparez-vous (c’est le début du trac !)

Vous serez très nombreux. Lorsque les metteurs en scène vous demanderont le silence, avant de commencer une scène, ayez pitié de nos cordes vocales… Si vous voulez causer, allez à l’extérieur ! Merci d’avance pour cela !

Dimanche 31 mai


Rendez-vous à Rilly-la-Montagne, Salle des Fêtes, à 13 h (à côté de la mairie). Nous commencerons la générale à 15 h. Il nous faudra au moins 2 heures pour vous montrer le plateau, la circulation, le proscenium, les entrées.

Bien sûr, costumes et accessoires obligatoires.

Ne partez pas avant :

— d’avoir vérifié avec Lou que rien ne manque en costumes ;

— d’avoir rempli la fiche de renseignements qu’on vous donnera sur place. C’est impératif pour des raisons d’assurances ;

— d’avoir rempli la fiche de disponibilités pour organiser les répétitions supplémentaires du lundi au jeudi, en fonction des groupes et des difficultés rencontrées.

Si tout ce passe bien, la dernière scène jouera vers 17 h.

Nous réglerons ensuite les saluts. Pour ceux qui souhaiteraient partir tout de suite après leur scène, sachez que les salut se feront par ordre alphabétique : Chamery, Chaudron, Germaine, Louvois, Rilly-la-Montagne et Villers-Allerand, Rosnay, Vandières, Venteuil et Fleury-la-Rivière.

Le Parc naturel régional de la Montagne de Reims a prévu un pot après la répétition. Aussi, prévoyez de rester si vous le pouvez !

Une chose très importante : c’est la seule fois où vous verrez la pièce en entier. Le jour du spectacle, personne ne pourra faire le tour et rentrer dans la salle. Ceci est très important : la salle peut accueillir exactement 299 personnes. Il y a une tolérance pour les personnes sur scène en train de jouer. Nous nous sommes engagés, Parc et Compagnie, à ne pas dépasser la capacité d’accueil de la salle. Aussi, 139 personnes en plus qui rentrent au fur et à mesure, c’est impossible. J’imagine que vous serez déçu, c’est la raison pour laquelle vous pourrez voir la pièce entière le dimanche 31.

Petit rappel des horaires de représentation


Le vendredi 5 juin, représentation à 21 heuresarrivée à 19 heures !

Le samedi 6 juin, représentation à 18 heuresarrivée à 16 heures !

Une dernière chose : je vous engage à aller vers les autres communes et à faire leur connaissance ! Ce projet est là aussi pour ça !

D’ores et déjà un grand merci à tous pour votre disponibilité, vos efforts, votre enthousiasme !

Le Puy-du-Fou n’a qu’à bien se tenir !

Vos dévoués metteurs en scène

Élodie, Christian & Serge

Commentaires

Nouveauté

Au dire de quelques uns des visiteurs, cela manquait. Nous avons donc ajouté au site la possibilité de laisser des commentaires sur certaines pages. C’est le cas pour les pages « Spectacles » et autres manifestations (que l’on trouve dans sous « 14-18 > Manifestations » ou encore sous « Action culturelle > Avec les communes », etc.)

Au sein de chacune de ces pages, on trouve désormais un onglet « Livre d’or » qui affiche les commentaires déjà rédigés et permet d’en ajouter. La seule obligation étant de laisser un nom et une adresse mail.


Soirée photos « Bal des Conscrits »

Vandières, le jeudi 6 novembre, à 19 heures…


Rejoignez-nous nombreux à la salle des fêtes pour la soirée photos spéciale Le Bal des Conscrits.

Occasion pour chacun de se réunir autour d’un moment festif, dont nous profiterons pour évoquer ensemble l’actualité du Parc, de la Compagnie et de la Résidence Par les communes.

Si vous avez des photographies ou des films et que vous souhaitez les faire partager lors de la soirée, merci de les envoyer par mail au plus tard le 31 octobre à l’adresse suivante : contact@diable4pattes.org.

Afin de rendre la soirée plus festive, merci d’apporter de quoi vous restaurer et partager (boissons, salé, sucré). Merci de nous confirmer votre présence pour le 31 octobre. L’organisation n’en sera que meilleure.

En espérant vous revoir bientôt.
L’équipe du Parc naturel régional de la Montagne de Reims
et Le Diable à 4 Pattes

Soirée Écolibri à Venteuil

Bonjour à tous !


J’espère que vous allez bien.

Un rendez-vous important et à ne pas manquer : le samedi 8 novembre à 19 heures, à la salle des fêtes de Venteuil, soirée espagnole au profit de l’association Écolibri (voir le texte d’Élodie Cotin ci-dessous). Dîner-spectacle puis soirée dansante !

En cuisine, vous retrouverez Nino, roi du bœuf bourguignon à Vandières, qui sera cette fois le roi de la paella ! Entre les plats, je présenterai un nouveau spectacle « Amor, castagnes et canciones », accompagnée par Rémi Costa que vous avez croisé à Louvois et à Mutigny. J’aurai le plaisir de vous faire entendre mon accent espagnol (dans certaines chansons seulement !)

À la fin du repas, je me transformerai en DJ pour vous faire danser ce que vous voulez. Pour faciliter la préparation de la soirée, il vaut mieux réserver (au plus tard le vendredi 31 octobre, por favor) : Nathalie Léger, 06 98 95 86 59.

Besetos !
Lou Mary


Chers amis,


Un petit mot sur notre présidente, Nathalie…

Cela fait maintenant quatre ans que Nathalie Léger est la présidente du Diable à 4 Pattes, qui est, je vous le rappelle, une association loi 1901. Outre ses activités de vigneronne, Nathalie s’investit dans le Diable à 4 Pattes de nombreuses manières : elle loge des comédiens, gère le courrier et l’aspect secrétariat, représente la Cie lors des diverses manifestations.

Mais depuis près de dix ans, Nathalie, ancienne professeur d’espagnol, s’occupe également d’une autre association : Écolibri. Son but : construire ou rénover des bâtiment scolaires en Amérique du sud (Salvador, Bolivie, etc.), fournir des outils scolaires (achats de livres, cahiers), développer les coopératives, offrir aux enfants scolarisés un repas le midi, ce qui représente souvent la clé de la scolarisation des plus pauvres.

La compagnie est très fière de soutenir l’action d’Écolibri en proposant le cabaret espagnol de Lou Mary et de Rémi. Aussi, indépendamment du fait de déguster une paella maison, de faire une plus que bonne action puisque les bénéfices de la soirée iront bien sûr à Écolibri pour ses divers projets, je vous convie à nous retrouver ce jour-là, pour danser et faire la fête.

Beaucoup ne connaissent pas notre présidente car elle est timide et ne prend guère la parole en public, ce sera l’occasion de la rencontrer et de la découvrir dans son autre passion (après nous !) : son action en faveur des enfants pauvres d’Amérique du sud.

Un grand bonjour à tout le monde,
Élodie Cotin, pour le Le Diable à 4 Pattes

La démission du Père Noël ?

Panne

Il semble bien que du lourd se trame à Louvois avec la fine équipe des désormais habitués. Réunis en atelier d’écriture sous la houlette de Bernard Weber, ces derniers tentent apparemment de dynamiter le mythe de Noël par tous les moyens littéraires et théâtraux possibles et imaginables.


Père Noël, considérant, désolé, la carriole. — Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse avec ce truc, ce pousse-pousse à bébé, hein ? Je vous le demande ! Après les pandores qui me prennent pour un terroriste, après le mécano qui me prend carrément pour un imbécile, voilà qu’on veut me faire le coup du Tour de France avec carriole et sans doping ! Y a de l’abus ! Y en a marre. Cette année, désolé les moutards, mais pour moi, c’est fini, je tire l’échelle, je me retire, je prends ma retraite, je ferme la Maison Père Noël…

Lutin Balle. — Vous pouvez pas partir comme ça Père Noël !

Lutin Tamar. — Nous laisser sur le pavé !

Lutimbreposte. — Nous benner à pôle emploi

Renne Claude. — Nous mettre au chômedu !

Renne Net. — Nous condamner à l’abattoir !

Renne Claude. — Là, t’exagères !

Renne Net. — Pas du tout… Que crois-tu qu’ils sont devenus les copains rennes qui ont été virés avant nous ? Direct à l’abattoir, mon vieux ! Et même que leur viande, ils l’ont vendue pour du bœuf premier choix aux restaurants Buffalo Bill !

Lutin Balle. — Paix ! Les gars, v’là les mouches à miel qui se pointent.

Entrent des journalistes de l’Union et de FR3

FR3. — Bonjour ! On ne vous dérange pas ?

Lutimbreposte. — Si ! Beaucoup !

L’Union. — C’est pas grave. L’info avant tout… Il paraît que vous êtes en panne…

Renne Claude. — Tout de suite les grands mots ! On n’est pas en panne, on a un petit retard à l’allumage… nuance !

FR3. — On peut filmer ?

Lutintamar. — Ça, faut demander au patron !

FR3. — C’est lui, là ? Le vieux kroum à bonnet rouge ?

Père Noël. — Dites donc, vous, le décerveleur des écrans plats, le vieux kroum c’est moi et j’suis pas sourd… et puis plus je vous regarde moins je vous calcule. Vous avez une tête de téléviseur qui me revient pas, mais alors pas du tout…

L’Union. — La presse papier, c’est mieux, n’est-ce pas, Papa Noël ? Vous voulez bien m’accorder un « interviou » ?

Père Noël. — Keskevouvoulez avec votre interviou ? Le scoop du siècle ? Les adieux du Père Noël ? Ça vous fait saliver, hein mon p’tit bonhomme, je le vois dans vos yeux de charognard… C’est ça que vous voulez, hein ?

L’Union. — Alors c’est vrai que vous abandonnez ?

Père Noël. — Hors de ma vue, fouille-merde ! Moi, abandonner ? Tu m’as vraiment regardé, scribouillard baveux, sac à ragots, plumitif coprophage ? Tiens, va plutôt interviouver celui là, vous avez beaucoup en commun… (Le père Fouettard vient d’entrer.) Salut Père Fouettard ! Voilà un journaliste qui pourrait t’interviouver !

Père Fouettard. — Ah mon pauvre Nono, te v’là bien ! C’est vraiment con ce qui t’arrive ! Quelle tuile, hein ? Ou plutôt quelle bûche ! Ah ah rapport à la bûche de Noël, t’as compris ?

Père Noël. — Toujours aussi fin, mon pôv’ Fouettard. Comment ça se fait que tu sois là ? On n’est pas copain, que je sache ?

Père Fouettard. — Oh, rassure-toi, mon vieux Nono, je suis pas venu pour te faire plaisir… Je suis là pour le plaisir de te voir dans la m… — dans la panade ! Alors, à ce que je vois, t’es en panne, hein ? Ça serait pas un problème de bougie, par hasard ? Ou la courroie de transmission ? (Il tire sur les bretelles du Père Noël.) Peut-être bien les pneus trop gonflés… (Il lui palpe les hanches et le « pneu ».)

Père Noël. — Bas les pattes ! Va te faire interviouver par les Tartuffes de ton espèce… Allez, dégage, sinon je m’en vais te fesser les joues et te fouetter le poster !

Père Fouettard. — Oh la la si on peut plus plaisanter maintenant ! (Le Père Noël fait mine de lui flanquer une gifle.) Oui oui, je m’en vais…

L’Union. — Père Fouettard, Père Fouettard ! Juste un petit mot pour le journal !

Il s’enfuit poursuivi par le journaliste.
Molière

Le mariage forcé

Samedi prochain, le 11 octobre, a lieu à Germaine à 18 heures, la première du Mariage forcé, nouveau spectacle de la compagnie.

Sganarelle, homme mûr et fortuné, se met en tête d’épouser la jeune et piquante Dorimène. Avisé, il prend l’avis de son ami Geronimo, qui cherche à le détourner d’un projet qu’il juge funeste, et fait appel pour éclairer Sganarelle à deux philosophes qui finissent d’embrouiller la question. Enfin, c’est le hasard qui met le prétendant mari face à la réalité, à savoir la duplicité et la vénalité de celle dont il s’est imprudemment épris, mais il est trop tard : la promesse est faite, le mariage devra avoir lieu…

Élodie Cotin et Christian Termis, pour cette nouvelle création, ont fait le choix d’un retour aux fondamentaux du théâtre de tréteaux : la totalité des personnages est interprétée en masques de la commedia dell’Arte, à l’exception de celui de Sganarelle, tenu par Bernard Assier

Première

Première

Nous ne saurons jamais si la pluie a été clémente ou si elle a été tenue en respect par la petite foule compacte et opiniâtre qui s’est pressée ce soir-là du 7 octobre à deux pas de la tranchée de Germaine sous les voiles blancs de la tente où avait lieu la première de Machinerie. Toujours est-il qu’elle s’est manifestée avec une réserve appréciable qui a rendu le spectacle audible pour les spectateurs installés au-delà du cinquième rang.

Toute l’équipe du Diable tient à remercier les spectateurs, venus nombreux, parmi lesquels elle a eu la joie de reconnaître celles et ceux de Louvois, Châtillon-sur-Marne, Vandières, Venteuil, Mutigny, Rosnay et bien sûr Germaine. L’équipe de Germaine, en plus des festivités de sa semaine « Grande Guerre », nous a merveilleusement entourés (café, vin de groseille, cassoulet, tartes…) Double — non : triple — merci à Isabelle, Anna, Lili, Corinne, Éric, à tous les autres…

Et merci à Saïd sans qui Mazda Mofid aurait été bien à la peine pour transformer la tente en salle de spectacle.
























Diable à 4 pattes
Rentrée

Chapeaux de roue

En dépit du peu d’activité qui peut se remarquer sur le présent site Web, la Compagnie ne chôme guère (ceci expliquant peut-être cela, du reste). Depuis le tout début septembre, plusieurs projets ont été mis sur les rails, et si certains sont encore embryonnaires, d’autres sont sur le point d’aboutir.

Monolgue

C’est le cas, par exemple, de Machinerie, dont la création aura lieu mardi prochain (le 7 octobre 14) à Germaine. Il s’agit d’un monologue original mis en scène par Christian Termis et interprété par Élodie Cotin. Son propos se place dans la continuité du « feuilleton théâtral » initié l’an dernier avec le spectacle Le jour de la nuit à Louvois et poursuivi à Vandières lors du Bal des conscrits. On y retrouve Armande, de la troupe de l’Illustre Compagnie, aux prises avec un grand blessé de guerre, et chargée de lui parler et de lui parler encore de peur qu’il ne s’endorme.

Marché de Noël

Parallèlement, la commune de Louvois a fait appel au Diable pour préparer un spectacle pour le Marché de Noël de la Communauté de Communes dont elle accueille l’édition 2014. Les habitants, qui commencent à bien nous connaître et que nous commençons à bien connaître, se sont réunis autour de Bernard Weber pour coucher sur papier les saynètes qu’ils répéteront ensuite sous la houlette de Christian Termis, Élodie Cotin et Isabelle Morin. Il sera question d’un Père Noël que son traîneau trahit et qui ne trouve personne 1) pour croire qu’il est ce qu’il prétend être 2) pour lui fournir des pièces de rechange pour son engin…

Balade contée

Cependant, Élodie Cotin animera une balade contée dans le hameau d’Orcourt, le samedi 1 novembre, autour de l’œuvre de Paul Féval (père), qui doit sa renommé à son roman Le Bossu adapté au cinéma avec Jean Marais. Paul Féval (fils, cette fois-ci) inventa le personnage de Félifax, donnant un nouveau souffle au genre du fantastique.

11 novembre à Chamery

Les comédiens de la Compagnie liront des textes écrits par les habitants dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre. Rendez-vous à 11 heures devant la mairie de Chamery, le mardi 11 novembre prochain…

Non, vraiment, merci, merci !

Homélie


Le Samedi 19 Juillet de l’an de grâce 2014 fut créé en la bonne bourgade de Mutigny (département de la Marne – pour quelques temps encore du moins) à des fins de distraction et d’éducation des masses populaires le spectacle Les Noces de craie. Voulu et financé par la commune de Mutigny et l’association du Sentier du Vigneron – aux artisans de laquelle hommage est ici rendu, Claudine en tête. Mis en scène et partiellement interprété par Élodie Cotin, Christian Termis et Isabelle Morin, dont les renommées théâtrales se sont depuis longtemps affranchies des cercles étriqués et grotesquement mesquins de la coterie culturelle parisienne, et ce en dépit des ponts d’or qui furent offerts aux intéressés notamment par les théâtres de Chaillot, du Rond-Point et, last but not least, du Guignol des Buttes-Chaumont. Écrit comme parfois l’on trousse — avec peine — par Sébastien Weber, qu’il n’est plus besoin de présenter outre mesure, sinon à ceux qui ne le connaissent pas — et à ceux-là disons seulement que si l’auteur eût été charpentier à Jérusalem en 33, Jésus fût mort de vieillesse. Éclairé et techniquement dirigé par le représentant le plus acharné du « peu, c’est mieux que rien », nous avons nommé Mazda Mofid, que son nom soit sanctifié, que sa volonté soit faite sur terre comme au ciel, ainsi soit-il — merci, mes frères. Organisé, planifié, costumé et chanté par la somptueuse Lou Mary que les terres picardes ne surent retenir et qui céda sans trop de résistance à l’appel sourd et pétillant de la Champagne — « Plop ! Glou glou… » Orchestré et gratouillé par le fleuron de la scène électro-jambon-rap-couscous-pop champ-ardennaise, le très django-reinhardtien Rémy Costa — aucun lien de parenté avec les naufrageurs patentés qui sévissent en Méditerranée.

Et surtout…

Et surtout interprété majoritairement et magistralement par un consortium d’allumés de tous poils âgés de cinq à quatre-vingt-sept ans, vivant la plupart du temps dans les replis vallonnés de la montagne de Reims et qui sous couvert d’un anonymat relatif trouvent dans ces menus plaisirs théâtraux l’occasion de déconner à plein tube, sans pudeur ni retenue, toute honte bue, de vrais dingues, d’authentiques fêlés — ils siègeront tous à la droite de Dieu le moment venu en attendant la résurrection et, donc, l’occasion de recommencer tout ce cirque. « — Waouh, c’est vrai, on recommence ? — Ben, ouais… — Alléluia ! »

Merci donc une fois de plus, et plutôt mille fois qu’une, à Saïd, Fanny, Laurence, Marielle, Phillipe et Phillipe, Anne, Romane, Marie, Patrice, Valérie, Thierry, Lætitia, Léo, Galène, Luna, Ana, Pascale, Chantal, Raymond, Denise, Jeanine, Édith, Manon, Denis, Christian, Jean-Claude, Bernard, Lily, Sylviane, Manon, Caroline, Christine, Stéphanie, Romain, Isabelle, Mathieu.

Et merci, merci, merci à Cécile,
aussi intelligente et talentueuse qu’elle est modeste
.

Arty, le 21 Juillet 2014,
Amen.

Le Diable à 4 Pattes

Merci !

Merci !


Merci à Marie, Isabelle et Mauricette, Rosine, Cécile, Stéphanie, Laure et Delphine courageuses lavandières, avec mention spéciale pour celle qui a repris un rôle au déhotté, parfaite comme toujours – elle se reconnaîtra. Merci à Isabelle, Lili, Bernadette, Ginette, Ana, Martine, Christine, Laurence, Manu, Jean-Claude, Jean-Marc, Aline, Viriginie et Tiphaine, dames patronnesses d’un soir, scieur de toujours et nostalgique des batailles d’antan (« mais, mon colon, celle que je préfère, c’est la guerre de 14-18 »). Merci à Marco, Romain, Mathieu et Paquito, une scène pas facile dans des circonstances douloureuses. Merci à Laurence, Philippe, Antoine, Pascal, Matéo, Clara et Léo qui durent faire croire à la présence d’un authentique python sur leur scène et supporter la profération du mot « couilles » plusieurs centaines de fois dans la journée ; honneurs leur soient rendus. Merci à Philippe, Marielle, Isabelle, Anne, Valérie, Delphine, Claude, Marie-Jo, Galène, Clara, Camille, Aurore et Louis pour leur aventureuse exploration du monde du paranormal. Merci à Jean-Claude et Rémi qui burent, burent, burent toute la sainte journée sous un soleil de plomb. Merci à Johanne, Jean, Christelle et Caroline : ils gagnent un alambic de poche à retirer chez Goyard avant le 12 juin 2014. Merci à Martine, Daniel et leur petite-fille, patrons de café, poétesse, tourneur de manivelle et chanteuse en herbe. Merci à Jacques, que l’Éducation Nationale à coup sûr regrette de n’avoir pas compté dans ses rangs. Merci à Frédéric, Flavien et Johan, fiers piliers d’un bistrot éphémère. Merci à Raymond et Yves-Marie qui ont su révolutionner le jeu de dames, si ennuyeux. Merci à Olaf et Christian qui n’en sont pas venus aux mains en dépit d’une opposition toute fictive sur le sens de l’engagement. Merci à Cathia, Annie, Annick et Francine pour cette « Heure du thé » amère. Merci à Philippe et Audrey pour leur remake de « La vierge contre le goret ». Merci à Ingrid, Gaëlle, Christine, Marion et Caroline de nous avoir donné quelques idées pratiques pour calmer les ardeurs des machistes de tout poil.

Mater le notaire libidineux

Merci à Françoise, Jean-Jacques, Ana et Valentin (ainsi qu’à tous les enfants qui braillaient pour la plus grande gloire de la Patrie), en particulier à Ana qui, au milieu du très mauvais temps, s’est montrée aussi brave qu’il était souhaitable et à Françoise qui a connu le pire et ne pourra désormais connaître que le meilleur. Merci à Nicole, Isabelle, Margot, Eva, Manon, Gaspard et Victor – quand est-ce que vous ouvrez votre épicerie pour de vrai ? Merci à Manon et Édouard qui rendirent un hommage tout en finesse à Marie-Antoinette et, disons-le, déchirèrent grave leur race. Merci à Matteo et Luna, à la ville comme à la scène, insupportables et excellents. Merci à Alex, Lou, Laure et Marc : Guignol revenu d’entre les morts, ça valait le coup. Merci à Axel, Fanny, Pascale, Maryse, Chantal, Yohan, Lætitia, Pauline, Léo, Marie, Nathalie, Patrice et Romane : ça valait 4 étoiles, au minimum.

Léo

Léo

Merci au Comité des Fêtes de Vandières pour son travail tout entier. Merci à la commune de Vandières pour son accueil et pour avoir joué le jeu. Merci à Jean-François Desrousseaux de nous avoir pour quelques heures ouvert les portes de son magnifique jardin. Merci au Club des Loisirs Créatifs de Vandières pour les banderoles et les cocardes.

Merci à Thierry pour les fleurs innombrables. Merci à Titi et Marco pour les jeux, les peintures, les couleurs. Merci à Nicolas pour son coup de main de titan. Merci à Nino – son bourguignon marque définitivement une étape cruciale dans l’histoire de la gastronomie. Merci à Geneviève qui a battu le record du monde de confection de tartes aux fruits avec l’aide d’Éloi, qu’il faut remercier aussi pour ses photos magnifiques. Merci à Marie de Reims d’avoir bravé son lumbago tout au long de ce samedi et jusqu’à très tard. Merci à Marie de Châtillons pour son courage face à trente kilogrammes de pommes de terre. Merci à Viviane, venue du grand Nord et efficace en Diable. Merci à Odile, redoutable à la vaisselle. Merci à Rémi et Annick pour leur coup de main du dimanche (merci, merci, merci !) Merci à Lou d’avoir chanté avec talent et grâce des trucs improbables d’avant-guerre et merci à Françoise Danger et son orchestre. Merci à José pour le cheval et la charette. Merci aux enfants de l’école de Venteuil et à leur instituteur Olivier. Merci, pour leurs costumes, à la maman de Laurence de Louvois et à Estelle de Venteuil. Merci à Aurélie de Pierry pour son aide précieuse sur la collusion entre l’Allemagne et les maisons de champagne. Merci à la distillerie Goyard pour l’alambic qu’elle a confié à nos soins. Merci à Édith, Jeannine et Manon qui ont beaucoup, beaucoup sué pour la plus grande gloire du Seigneur en cette journée du 7 juin de l’an de grâce 2014.

Édith

Édith

Et un immense MERCI à Nathalie de Tincourt
pour son soutien de tous les jours, son amitié et ses photos.

On en oublie ? C’est sûr.
Qu’ils nous pardonnent et merci à eux.

***

Le Diable à 4 Pattes

Marguerite, donne-moi ton cœur !

Répétitions

Les répétitions du Bal des Conscrits vont bon train. Sous les houlettes d’Élodie Cotin, de Christian Termis et d’Isabelle Morin, et cornaqués par Lou Mary, les comédiens amateurs de Vandières, Venteuil, Germaine, Louvois… jouent et rejouent inlassablement les scènes qui constitueront le corps du spectacle du samedi 7 juin.

Parmi les personnages qui vivront le temps d’une après-midi, on rencontre Gaston Replais, notaire lubrique et libidineux peu embarrassé de moralité. Le voici à l’œuvre avec Marguerite, domestique infortunée…


« Marguerite, Marguerite ! »

Gaston. — Marguerite ! Marguerite !

Marguerite. — Ah, c’est vous, Monsieur, vous m’avez fait peur.

Gaston. — Approche-toi, Marguerite.

Marguerite. — Mais…

Gaston. — Allons, Marguerite, approche.

Marguerite. — Mais, Monsieur, je dois…

Gaston. — Ah, Marguerite, ne sois pas timide, allons, viens, viens, je sais tout. Viens.

Marguerite. — Mais, Monsieur, je…

Gaston. — Marguerite, nous sommes seuls, c’est inespéré, profites-en, dis-moi tout.

Marguerite. — Monsieur, vraiment, je dois… Il faut que je…

Gaston. — Approche-toi. Allons, plus près. Voilà, c’est mieux.

Marguerite. — Monsieur, je dois apporter ces œufs à Gabrielle.

Gaston. — Gabrielle attendra un peu, nous ne sommes pas si pressés de dîner. Tu as faim, toi, hum ? Non, hein ? Allons, approche-toi encore, encore un petit peu. Voilà, bien. Alors, dis-moi tout, Marguerite.

Marguerite. — Euh…

Gaston. — Tu n’as rien à me dire ?

Marguerite. — Euh, mais non. Non, Monsieur.

Gaston. — Tu es sûre ?

Marguerite. — Eh bien, Monsieur, je… Non.

Gaston. — Hum, vraiment ? Tu peux parler en toute franchise, tu sais, tu peux tout me dire – il n’y a personne pour écouter et ce n’est pas moi qui irait le répéter – hein ?

Marguerite. — Écoutez, Monsieur, les œufs, vraiment, il faut que je…

Gaston. — Ah, Marguerite, Marguerite ! Reste là. Je comprends. Je te comprends, Marguerite. Ce n’est pas facile à dire. C’est quelque chose qui te trouble, qui te pèse, c’est ça, hum ? Ah, tu es jeune encore. Tu es bien jeune. Je vais t’aider. Voilà, oui, je vais t’aider, je vais t’aider à mettre des mots sur les choses…

Marguerite. — Monsieur, vraiment, les œufs, si vous voulez bien m’excuser, je…

Gaston. — Oh non, non, non, non, non, tu restes là. Tu sais, Marguerite, il faut savoir oser dans la vie, il faut savoir franchir le pas au bon moment. Et le moment est venu, crois-moi, tu ne peux plus reculer.

Marguerite. — Monsieur, vraiment, je ne comprends pas, vraiment, il faut que je…

Gaston. — Marguerite. Regarde-moi. Je sais bien ce qui t’arrive.

Marguerite. — Monsieur…

Gaston. — Regarde-moi bien. Hum ? N’est-ce pas ?

Marguerite. — Monsieur, je ne…

Gaston. — Allons, allons. (À propos de lui-même.) Ces épaules, ce port de tête, cette silhouette, cette prestance… Je te comprends, Marguerite, je te comprends bien. Vous êtes toutes un peu les mêmes. Un homme, le charme…

Marguerite. — Monsieur, vraiment je…

Gaston. — Allons, dis-le.

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Dis-le, ne te fais pas languir toi-même.

Marguerite. — Mais enfin, Monsieur, dire quoi ?

Gaston. — Mais ce que tu éprouves pour moi, Marguerite : la passion, le désir, l’amour.

Marguerite. — Pardon, Monsieur ?

Gaston. — Tss tss ! Pas de faux-semblants entre nous, Marguerite. Je le vois, je le sens, j’ai l’habitude – tu n’es pas la première à qui je fais cette impression. Tu rougis quand je parle, tu frémis quand j’approche, tu trembles au son de ma voix, hein ? Hum…

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Hum, Marguerite…

Marguerite. — Mais Monsieur, Monsieur !

Gaston. — C’est ça, cabre-toi, Marguerite, cabre-toi, ma pouliche !

Marguerite. — Mais enfin, lâchez-moi !

Gaston. — Oh, Marguerite, Marguerite, allons, tu veux jouer, c’est ça, c’est donc ça ? Eh bien, jouons, jouons !

Marguerite. — Mais, Monsieur, vous êtes fou ! Mes œufs, mes œufs !

Gaston. — Fou, moi ? Les ai-je inventées, tes œillades dans l’escalier ?

Marguerite. — Les œillades ? Mais, Monsieur, je pleurais, je faisais les poussières, et j’en avais une dans l’œil !

Gaston. — Oh, la petite polissonne ! Et tes soupirs dans la chambre l’autre jour, hein, tes soupirs ? Tu ne les as pas poussés, peut-être ?

Marguerite. — Mais, Monsieur, je portais votre seau d’aisance, et c’est qu’il est lourd, votre seau !

Gaston. — Ah, la coquine ! Si jeune encore, déjà si femme ! Ah, viens, viens-là, te dis-je !

Marguerite. — Ah, mais, Monsieur, arrêtez !

Gaston. — Arrêter ? Mais il faudrait encore que tu le veuilles, friponne ! N’est-ce pas que tu riais, l’autre soir, à mes bon mots, n’est-ce pas ? Je t’ai entendue !

Marguerite. — C’était votre moustache, Monsieur, votre moustache…

Gaston. — Et quoi, ma moustache ? Ah, c’est donc ma moustache qui t’attire ! Embrasse-la, donne-lui un bécot, j’ai le poil doux !

Marguerite. — Mais votre moustache était souillée de crème anglaise, Monsieur ! Mes œufs, Monsieur, attention à mes œufs !

Gaston. — Ah, tu as toutes les ruses, petite garce ! Viens-là, friponne, viens-là ! (Chantant.) « Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, Marguerite ! »

Marguerite. — Monsieur !

Gaston, chantant. — « Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, donne-moi ton cœur ! »

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Ah, Marguerite, je vais te révéler à toi-même ! Tu vas connaître l’amour et l’abandon dans mes bras et la passion sous mes baisers ! La fièvre s’empare de moi, ton corps est un brasier, je suis ton bichon, je suis tout à toi, laisse-moi calmer le feu qui te dévore !

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Ah, tu es brûlante !

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Ah, comme tu sens bon !

Marguerite. — Non, mais ça suffit maintenant, oui ! Vous allez me lâcher, espèce de gros goret !

Gaston. — Hein ? Quoi ? Comment ?

Marguerite. — Monsieur, Monsieur…

Gaston. — Qu’est-ce que tu as dit ? Qu’as-tu osé dire ?

Marguerite. — Rien, rien, Monsieur, rien…

Gaston. — Répète un peu !

Marguerite. — Monsieur, rien, je vous jure…

Gaston. — « Goret », c’est ça que tu as dit, hein ? Et même « gros goret » ! « Gros goret » ! Non, mais pour qui te prends-tu ? M’insulter, moi, ton employeur, ton patron, ton maître !

Marguerite. — Je vous demande pardon, Monsieur, mais vous me faisiez mal…

Gaston. — Me faire insulter par une bonniche sous mon propre toit ! Non, mais c’est le monde à l’envers ! Ah, mais ça ne va pas se passer comme ça ! Ah, non, ça je te le jure ! Où est-ce que tu te crois, espèce de gourde, misérable imbécile ? À peine sortie de la misère, ça relève la tête et ça vous mord ! À qui crois-tu avoir affaire, bon sang de bonsoir, hein ?

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Tais-toi, souillon !

Marguerite. — Mes œufs, Monsieur, ils sont tout cassés…

Gaston. — Tes œufs ? Comment tes œufs ? Mes œufs, oui ! Ce sont mes poules ! Mes poules, mes œufs ! Et voleuse avec ça ! Ah, voilà, c’est ça, tu es démasquée ! Tu es une voleuse, une voleuse sournoise et vicieuse ! Ah, j’ai compris ton manège, espèce de répugnante petite punaise. C’est pour mieux me dépouiller que tu m’aguichais.

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Ne te fatigue pas, va, j’ai tout compris. Je vais te régler ton sort avant la fin de la journée. Ah, tout s’explique à présent, les provisions qui s’amenuisent, l’argenterie qui disparaît, les bijoux de ma femme qui s’évanouissent comme par enchantement ! Ah, oui, tout s’explique !

Marguerite. — Mais, Monsieur, c’est faux ! Je n’ai jamais rien volé !

Gaston. — Tu expliqueras ça aux gendarmes !

Marguerite. — Mais…

Gaston. — File ! Hors de ma vue ! Disparais ! Je ne veux plus te voir ! Va empaqueter tes guenilles et débarrasse-moi le plancher !

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Tout de suite ! (Marguerite sort.) Ah, non mais, quelle gourde, quelle insolente idiote… Elle ne sait pas ce qu’elle a raté, l’imbécile. Pff ! Bon. Allons alléger ma femme de quelques boucles d’oreille. Il y a justement une course la semaine prochaine.

Il sort.
Éloge des loges

Les filles de Trépail…

Pour l’inauguration du Sentier des loges de vignes, le Parc naturel régional de la Montagne de Reims a demandé au Diable à 4 pattes d’interpréter une petite scène expliquant les tenants et les aboutissants de ce sentier pédagogique. C’est ainsi qu’à Trépail, au pied d’une loge de vigne fraîchement restaurée, en cette matinée du dimanche 25 mai heureusement ensoleillée, les randonneurs ont pu retrouver deux personnages déjà croisés lors du coup d’envoi de la résidence : Madame la Conseillère Municipale et Monsieur le Chargé de Mission. Tout en disposant les flûtes et les gâteaux apéritifs de l’inauguration, la Conseillère et le Chargé de Mission devisent et discutent de l’utilité des loges et de l’intérêt de leur conservation : ce qui semble évident à l’un paraît à l’autre relever de la lubie. Quoi qu’il en soit, c’est l’occasion d’évoquer le passé de ces loges et d’aborder la délicate question de la moralité des filles de Trépail, en tout cas telle qu’elle fut évaluée en 14-18 par les soldats de passage en ces lieux…


Extrait

LUI. — Mais quoi, vous, par exemple, vous y êtes attachée à ces loges, tout de même ?

ELLE. — Celle-ci ? Non. Celle de mon grand-père, là haut, oui. Mais c’est familial, c’est personnel. (À propos des coupes.) Non, non, non, non, pas comme ça. Laissez-moi faire, ouvrez les sachets plutôt — ça vaudra mieux. Qui ça intéresse, ma loge ? Trois planches, quatre clous, un banc délabré. C’est bon pour ranger la bêche, pour les pique-niques le dimanche, prendre un peu le frais, manger dehors. Et encore, les gamins : « Y a pas l’ordinateur ! Ça capte pas ! Je m’ennuie ! » Vous voyez… On s’en fiche, ce sont des vieilleries, tout ça. C’est quand même un peu de l’argent jeté par les fenêtres, si vous voulez mon avis.

LUI. — Tout le monde ne dit pas comme vous. Il y a des tas de gens qui y tiennent, qui s’y intéressent, qui veulent qu’on conserve quelque chose, même si ce ne sont que quelques traces. Un peu comme pour les soldats, là…

ELLE. — Mais bien sûr, les gens ont peur du temps qui passe. Ils se voient vieillir, ils se rendent compte que rien ne résiste, qu’ils vont tomber en poussière, qu’ils finiront par n’être plus rien qu’un vague souvenir dans la mémoire de leurs arrière-arrière-petits-enfants — et puis après, plus rien. Alors, évidemment, ça leur fait peur. C’est pour ça ! Ils se rattachent. Et comme ils n’ont pas de cathédrale sous la main, ce sera la cabane à outils du grand- père. Alors que, excusez-moi, mais quand même, bon, hein : une loge de vigne, c’est pas Chambord.

LUI. — Mais euh…

ELLE. — « Mais euh… » Vous voyez, j’ai raison.



Photo : l'Union

La Chanson d’Albertine

Un spectacle de la troupe du Chaudron

La troupe de théâtre amateur du Chaudron, animée par Élodie Cotin, donne ce soir à la M.J.C Intercommunale d'Aÿ la première représentation de La Chanson d'Albertine, une pièce écrite par Sébastien Weber spécialement pour la troupe dans le cadre des commémorations de la « Grande Guerre ».


« Pouah, le Poitou ! »

Joséphine. – Dieu me pardonne, cette guerre est une bénédiction, un vrai cadeau du ciel. (Albertine lui fait boire un sirop.) Pouah ! Ce sirop sent le purin. Donnez-moi mon verre. Pas trop, là, merci. Les affaires n’ont jamais été si florissantes. Que ces crétins s’entretuent ! Les hommes sont comme ça, ils s’épanouissent dans la guerre. Ça doit avoir un rapport avec ce qui leur pend entre les jambes. Ça a même l’air de faire du bien à mon andouille de fils. Il ne démérite pas. Je l’autoriserai peut-être à se rendre à sa chasse cet hiver… Vous ne trouvez pas qu’il a l’air moins empoté ces derniers temps ?

Albertine. – Je ne sais pas, Madame.

Joséphine. – Évidemment. Vous ne savez jamais rien, vous. Vous me faîtes penser à ce personnage de livre pour enfants, cette boniche idiote, comment s’appelle-t-elle déjà ? Filassinne ? Patassinne ?

Albertine. – Bécassine, Madame.

Joséphine. – Bécassine ! La charmante gourde ! Vous n’êtes pas Bretonne, au moins ? D’où êtes-vous, déjà ?

Albertine. – Du Poitou, Madame.

Joséphine. – C’est ça. Quelle infamie, le Poitou ! Pire que la Bretagne. Des alcooliques, des éleveurs de chèvres, des rebouteux, des catholiques. Répugnant ! Et puis j’avais demandé un laideron… Vous êtes beaucoup trop jolie pour un laideron du Poitou. La guerre impose des sacrifices, je suppose. Mon gros benêt de fils ne vous court pas après au moins ? Savez-vous qu’il a pissé au lit jusqu’à seize ans ? Vous ne voudriez pas qu’il vous plante son machin pisseux dans la culotte ? Il ferait beau voir ! Je ne sais pas combien de bâtards il a pu semer, mais je vous préviens qu’avec moi, ça ne prend pas. La fortune des Parnault-Lagadère ne s’éparpillera pas. Tenez-vous le pour dit. (Albertine lui fait boire un autre sirop.) Pouah ! Mon verre. Pas trop, là, merci. De toute manière, il ne doit pas savoir s’en servir ou alors c’est que ma grosse idiote de bru est stérile comme un mulet. Une fille Pochat, pourtant… Une dote d’un million et pas moyen de pondre un héritier, quel gâchis. Et maintenant, à leur âge… Mais bon, cette dondon a eu du génie avec son comité des veuves de guerre, là… Comment est-ce qu’elle appelle cela déjà ?

Albertine. – Le Comité de la Veuve Française, Madame.

Joséphine. – Hum… (Désignant son livre de comptes.) Notez mille francs pour ma grosse bru et son comité. (Replongée dans le livre.) Une bénédiction, un vrai cadeau du ciel ! Six cent mille obus rien qu’en février. Encore un an à cette allure et nous serons plus riches que les Dassault.

Albertine. – C’est l’heure de votre bain, Madame.

Joséphine. – N’oubliez pas la bouteille, Bécassine.

Albertine. – Oui, Madame. Albertine, Madame.

Joséphine. – Albertine, Bécassine, Poitou, Bretagne, c’est du pareil au même. Des catholiques alcooliques. N’oubliez pas la bouteille.

Albertine. – Oui, Madame.

Conscription générale !

Déjà 120 danseurs pour « le Bal des Conscrits »…

Commencés en février à Vandières, les ateliers de théâtre ouverts par la Compagnie pour préparer le spectacle Le Bal des Conscrits, qui sera donné le samedi 7 juin à Vandière à partir de 15 heures dans le cadre de l’opération Par les communes, touchent désormais plusieurs autres communes.

Aux 25 participants de Vandières s’ajoutent à présent 50 volontaires de Louvois, 15 enthousiastes de Germaine, 12 Venteuillats et Venteuillates, ainsi que les membres des troupes amateurs du Chaudron (M.J.C Intercommunale d'Aÿ) et de Rosnay. La benjamine est âgé de quatre ans ; le doyen de quatre-vingt sept…

Pourquoi pas vous ?

Les inscriptions ne sont pas closes ! Que vous habitiez Vandières, Venteuil, Germaine, Louvois, Châtillons-sur-Marne, Belval, Reuil (liste non exhaustive), vous êtes les bienvenus ! Si jouer la comédie ne vous tente pas, sachez que nous cherchons aussi des figurants (un costume et voilà…), des bénévoles pour la cantine ou l’organistation. N’hésitez pas à nous contacter (directement par mail).

Des ateliers se tiennent dans les communes suivantes au moins une fois par semaine : Vandières, Germaine, Louvois et Venteuil. Lavandières en répétition
Les vœux de Louvois

Crêche, chasseurs, poubelles, vedettes et journaliste…

À la demande de Delphine Bœver, maire de Louvois, le Diable à 4 Pattes et vingt-cinq habitants de la commune ont transformé l’exercice des vœux du maire en spectacle. Chaque point fort du bilan de l’année 2013 a ainsi été « illustré » par des saynètes répétées sous la houlette de Christian Termis et d’Élodie Cotin.



 

La bande-annonce du Jour de la Nuit


Le Diable au P.N.R.M.R

Une résidence de cinq ans autour de 14-18

Depuis octobre dernier, le Diable à 4 Pattes est entré en résidence au Parc Naturel Régional de la Montagne de Reims (P.N.R.M.R). Imaginée par la Cie et par le P.N.R.M.R suite au spectacle Une Valse à 5 Temps, cette résidence, intitulée « Par les communes », se déroulera sur cinq années et aura pour thématique la guerre 14-18.

L’ambition est qu’au terme de ces cinq ans, chacune des soixante-huit communes du P.N.R.M.R aura été « touchée » par une manifestation.

Nous avons imaginé une troupe de théâtre itinérante, l’« Illustre Théâtre », prise dans le maelström de la guerre. Bon an, mal an, entre offensives, évacuations, cantonnements et mouvements de troupe, l’« Illustre Théâtre » continue de donner à voir son répertoire et de l’augmenter de créations originales inspirées par les événements. Les spectateurs assisteront tant à la vie de cette troupe dans la Montagne de Reims qu’aux spectacles qu’elle donnera.

Le coup d’envoi a eu lieu le 12 octobre à Louvois à l’occasion de l’opération le Jour de la Nuit : cinq cents spectacteurs sont venus passer une soirée en 1913…

D’autres manifestations sont d’ores et déjà prévues, telles que Le Bal des Conscrits à Vandières le 7 juin 14 et La Ronde à Mutigny le 19 juillet 14. L’« Illustre Théâtre » tourne actuellement dans les écoles de la Montagne de Reims Vassilissa la Très Belle, un conte russe nocturne…

Éléonore vogue vers Paris

Éléonore en mer au Théâtre du Petit Hébertot

Poursuivant sa collaboration avec Far Production, entamée il y a neuf ans avec le spectacle Mémémoire, le Diable à 4 Pattes donne deux représentations d’Éléonore en mer à Paris, au Théâtre du Petit Hébertot (17ème) le lundi 15 avril à 15 h et 20 h.

De nombreux diffuseurs sont invités ; nous espérons ainsi faire découvrir ce spectacle en dehors de la Champagne Ardennes, comme c’est le cas pour Mémémoire.

Le Théâtre Hébertot

Pour ceux qui se poseraient la question, le Théâtre du Petit Hébertot est la petite salle du Théâtre Hébertot, accessible à la même adresse.

Informations et réservations : FAR PRODUCTION / 01 42 85 46 48 / Courriel

Réservations : BILLETREDUC | TICKETAC | ou encore à la FNAC.

L’atelier de Transylvanie

Théâtre à Rosnay

Cette année encore, l’association des Huit Villages et le Diable à 4 Pattes créeront deux spectacles à Rosnay (51).

Trois groupes, deux spectacles :

Les 7-10 ans et les 11-14 ans qui découvrent le théâtre grâce à l’improvisation. Leur travail et leurs idées fournissent la matière première du texte écrit pour la représentation. Cette année, le thème choisi par les enfants est celui de l’heroic fantasy (fantômes, vampires, loups-garous…) Le groupe des petits interprète les employés d’une entreprise partis en stage dans le cadre verdoyant de la Roumanie profonde. Celui des ados, les créatures surnaturelles qui se sont donné rendez-vous au château des Carpates pour les 1800 ans de Dracula. Rencontre sanglante en perspective.

Les deux groupes ont travaillé séparément tout au long de l’année et se retrouveront au cours du dernier mois, en mai, pour répéter la scène finale, sanglante donc.

Le groupe Adultes, dirigé cette année par Isabelle Morin, prépare quant à lui un spectacle dont l’action prend place dans l’immédiate après-guerre ; vous en dire plus serait gâcher la surprise…

Un extrait du spectacle de 2011 : « Conte pas là-dessus ! »



Rendez-vous donc le samedi 29 juin dans la cour de l’école de Rosnay à 18 heures.

Les spectateurs sont invités à amener un pique-nique pour partager ensemble un moment de convivialité après les représentations.

Comme d’habitude, nous attendons un public nombreux ; n’hésitez pas à arriver en avance si vous comptez jouir d’une place assise.
¡No pasarán!

Théâtre franco-espagnol au lycée Léon Bourgeois

Suite au travail mené en 2012 au lycée Léon Bourgeois d’Épernay — autour du texte La Casa de Bernarda Alba de Federico García Lorca par Élodie Cotin et mis en place par la M.J.C Intercommunale d’Aÿ-Salle Sabine Sani —, Dominique Launay, professeur d’espagnol en charge de la section bilingue, a manifesté le désir de travailler cette année sur le rôle de la femme dans l’histoire de l’Espagne de 1936 à 1975.

Un spectacle conçu par les élèves

Les quatorze élèves de Terminale L-section bilingue savaient exactement ce qu’elles voulaient dire à travers ce travail : évoquer l’horreur des bombardements, leur admiration pour Dolores Ibarruri, dont elles avaient étudié les textes en cours, l’implication des femmes dans la résistance au régime fasciste de Franco et la place effarante que ce régime entendait laisser aux femmes : épouse, mère et relai de la parole catholique.

Le rôle de l’intervenante consistait donc à apporter des techniques théâtrales et un point de vue artistique à leur projet. Le travail, basé sur des exercices d’improvisation, leur a permis d’écrire un texte dialogué qui constitue l’ossature de la pièce.

Antoine Éloi a proposé aux participantes de l’atelier de reproduire des clichés d’époque à l’identique. C’est ainsi que la cour du lycée a un temps ressemblé à Barcelone 1936. Nous avons le projet de mettre en place en exposition itinérante des photos ainsi réalisées dans les lycée du département.

Le spectacle a été présenté le 7 mars à la M.J.C Intercommunale d’Aÿ-Salle Sabine Sani pour un public d’élèves de classes de 3ème potentiellement intéressés par l’option bilingue. il sera repris au sein de leur lycée dans le courant de l’année.


Extrait du texte

Scène 2 : la leçon de morale Personnages : bonne sœur et élèves

La bonne soeur : Niñas, hoy vamos a hablar de la buena educación. Decidme : ¿cuáles son las cualidades de una buena esposa?

Justine : Tiene que saber cocinar.

La bonne soeur : ¡Sí, muy bien! ¿Y que más?

Chloé : Tiene que ordenar su casa.

La bonne soeur : ¡Claro! ¿Y…!

Manon : También tiene que cuidar de sus hijos.

La bonne soeur : Si, por supuesto.

Mathilde : Sor María José, comment on fait les bébés ?


¡No pasarán!




Captation : Antoine Éloi

Les sœurs Lagale au C.É.S.E.R…

Prix-Lagauche 2012

Créé en 1993 à l’initiative de Jacques Heydecker, Président du C.É.S.E.R de 1992 à 2007, pour honorer la mémoire de Henri Lagauche et Jean-Michel Gauby, ses deux prédécesseurs, le Prix Gauby-Lagauche est doté de 42 000 € pour récompenser, chaque année, des actions qui contribuent au maintien ou à l’amélioration des conditions de vie en milieu rural.

Prix Gauby-Lagauche – Édition 2012

Il comprend le prix principal, financé par la Région Champagne-Ardenne (15 000 €) et six prix spéciaux d’un montant total de 27 000 € apportés par six organismes partenaires : Caisse d’Épargne Lorraine-Champagne-Ardenne, Caisse des Dépôts et Consignations, Groupe La Poste, Orange, Ville de Reims, SNCF.

D’un montant total de 42 000 €, ce concours est ouvert aux associations, groupements, entreprises ayant leur siège en Champagne-Ardenne ainsi qu’aux collectivités et à leurs établissements.

En 20111…

En 2011, la M.J.C Intercommunale d’Aÿ recevait le prix « France-Télécom Orange » pour le travail sur le territoire mené par la Cie du Diable à 4 Pattes.

C’est tout naturellement que les organisateurs de la cérémonie nous ont demandé d’imaginer et d’interpréter le petit intermède théâtral prenant place entre les discours et la nomination des lauréats.


Les sœurs Lagale

Les sœurs Lagale sont une petite invention directement inspirée des personnages et des situations de la Commedia dell’arte. Jeanine et Édith sont lavandières et passent leur temps à laver le linge sale des autres en public. Bêtes et méchantes au-delà de tout ce qui est imaginable, en même temps qu’elles frottent les fonds de culotte des uns et des autres, elles parviennent à envenimer les situations les plus ordinaires.

Prix Gauby-Lagauche – Édition 2012

Ainsi, le malheureux membre de jury du prix Gauby-Lagauche 2012 qui cherche la rue du C.É.S.E.R et commet l’imprudence de leur demander son chemin, se voit-il soupçonner tour-à-tour d’homosexualité, de communisme et de terrorisme (pour le sœurs Lagale, c’est tout un), avant de subir une sévère bastonnade à coups de torchons mouillés.

Extrait

La scène est au lavoir d’un petit village. Deux femmes, Édith et Jeanine, entrent, se saluent et se mettent à battre et frotter leur linge.

Édith. — C’est les culottes à qui que tu laves ?

Jeanine. — À la Micheline.

Édith. — Elle est pas prête d’avoir un gosse, celle-là…

Jeanine. — C’est pas faute d’essayer.

Édith. — Qui ?

Jeanine. — Tous.

Édith. — Ça je sais, mais qui ?

Jeanine. — Tu répéteras pas ?

Édith. — Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.

Édith crache dans la bassine.

Jeanine. — Le fils Lapoigne.

Édith. — Oh, la garce !

Jeanine. — Puis avant, c’était l’ouvrier des Villeneuve.

Édith. — Non ?

Jeanine. — Comme je te dis ! Puis avant, c’était le…

Jeanine chuchote.

Édith. — Ben ça, c’est la meilleure ! Y a plus de moralité. Enfin, ça vaut mieux que de… hein ?

Jeanine. — Tu l’as dit !

Édith. — Il paraît que le cadet Villeneuve y est passé…

Jeanine. — En même temps, on trouve ce qu’on cherche.

Édith. — Passe-moi le savon.

Jeanine. — Tiens.

Un temps.

Édith. — Y a pas grand’ monde.

Jeanine. — C’est les vacances. Y sont tous partis.

Édith. — Tu crois qu’ils m’amèneraient les petits enfants pour les vacances ? Tiens, je t’en fiche, oui ! Préfèrent aller à la mer.

Jeanine. — Ça, c’est ta bru. Mauvaise.

Édith. — Je sais, je sais ! Je me prive pas de lui dire d’ailleurs. Tu me connais : franche comme l’or, je suis. Comme ça, je lui dis, moi : « Magalie, t’es mauvaise comme la gale ! »

Jeanine. — T’as raison, faut pas se laisser faire.

Édith. — Et tu crois qu’elle me témoignerait un peu de respect ? Penses-tu ! Rien !

Jeanine. — C’est de la graine de misère, ces filles-là !

Édith. — De mon temps, à sa mère, on y aurait détricoté le polichinelle, je te dis que ça !

Jeanine. — Et on aurait bien fait.

Édith. — Saleté, va ! Quand je pense à tout le mal que je me donne…

Jeanine. — M’en parle pas… Si tu savais…

Édith. — Oh, mais je sais ! Si c’est pas malheureux ! Ma pauvre… Si je serais toi, je lui couperais les choses.

Jeanine. — Et puis ça m’avancerait à quoi ? Allez, c’est pas la peine de pleurer sur son sort… Y en a des plus malheureux.

Édith. — Sûr !

Jeanine. — Passe-moi le savon.

Édith. — Tiens.

Un temps.

Jeanine. — Qu’est-ce qu’il fait chaud !

Édith. — C’est la pollution.

Jeanine. — Rien que le petit Villeneuve, avec sa pétrolette, qu’est-ce qu’il nous enfume !

Édith. — C’est de la vermine, ce gosse.

Jeanine. — Et puis son frère !

Édith. — Valent pas mieux l’un que l’autre !

Jeanine. — De la pure vermine… C’est quoi déjà le proverbe de l’arbre qui pousse pas loin du fruit qui tombe ?

Le Diable à l’école…

Vertus et Montmort-Lucy…

Depuis le 27 septembre 2012, la Cie du Diable à 4 Pattes a mis les pieds à l&rsquo ;école, au collège plus exactement, dans les classes de 5ème à Vertus et de 6ème à Montmort-Lucy.

À l&rsquo ;initiative du Conseil Général de la Marne, il a en effet été demandé à la Cie de mener un travail de sensibilisation des élèves aux notions de création théâtrale. Pourquoi, dès lors, ne pas associer les enfants au processus de création en cours au sein de la Cie, à savoir Éléonore en mer.

C&rsquo ;est ainsi que les 61 collégiens de Vertus et les 21 de Montmort-Lucy se voient proposer plusieurs ateliers[p  ; :] théâtre avec Élodie Cotin, Christian Termis et Françoise Jimenez, écriture avec Sébastien Weber, musique avec Rémi Costa et Sébastien Tricotelle de la Villa Ginette, arts plastique et vidéos avec Antoine Éloi.

Au collège de Montmort-Lucy

***

Une inspiration pour la Compagnie…

La thématique abordée épouse le sujet d&rsquo ;Éléonore en mer[p  ; :] une traversée maritime hasardeuse, les rencontres étranges, drôlatiques ou périlleuses de la mer, un journal de bord…

Tout le matériau créé par les enfants — écrits, improvisation, éléments musicaux, éléments de décor, bribes de films d&rsquo ;animation… — vient nourrir le travail de la Cie sur le spectacle Éléonore en mer.

À l&rsquo ;issu de ces ateliers, fin novembre, les trois classes découvrent le spectacle lors d&rsquo ;une représentation qui leur est réservée. Elles voient comment on peut à partir d&rsquo ;idées parfois ténues, de petits riens et de beaucoup d&rsquo ;imagination, créer un univers cohérent. Une publication réunissant tout ce matériau est envisagée.

***

L&rsquo ;atelier « Titanic », « Fantômes » et « Casino »…

 
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