Titre1

Marguerite, donne-moi ton cœur !

Le 28 mai 2014

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Répétitions

Les répétitions du Bal des Conscrits vont bon train. Sous les houlettes d’Élodie Cotin, de Christian Termis et d’Isabelle Morin, et cornaqués par Lou Mary, les comédiens amateurs de Vandières, Venteuil, Germaine, Louvois… jouent et rejouent inlassablement les scènes qui constitueront le corps du spectacle du samedi 7 juin.

Parmi les personnages qui vivront le temps d’une après-midi, on rencontre Gaston Replais, notaire lubrique et libidineux peu embarrassé de moralité. Le voici à l’œuvre avec Marguerite, domestique infortunée…


« Marguerite, Marguerite ! »

Gaston. — Marguerite ! Marguerite !

Marguerite. — Ah, c’est vous, Monsieur, vous m’avez fait peur.

Gaston. — Approche-toi, Marguerite.

Marguerite. — Mais…

Gaston. — Allons, Marguerite, approche.

Marguerite. — Mais, Monsieur, je dois…

Gaston. — Ah, Marguerite, ne sois pas timide, allons, viens, viens, je sais tout. Viens.

Marguerite. — Mais, Monsieur, je…

Gaston. — Marguerite, nous sommes seuls, c’est inespéré, profites-en, dis-moi tout.

Marguerite. — Monsieur, vraiment, je dois… Il faut que je…

Gaston. — Approche-toi. Allons, plus près. Voilà, c’est mieux.

Marguerite. — Monsieur, je dois apporter ces œufs à Gabrielle.

Gaston. — Gabrielle attendra un peu, nous ne sommes pas si pressés de dîner. Tu as faim, toi, hum ? Non, hein ? Allons, approche-toi encore, encore un petit peu. Voilà, bien. Alors, dis-moi tout, Marguerite.

Marguerite. — Euh…

Gaston. — Tu n’as rien à me dire ?

Marguerite. — Euh, mais non. Non, Monsieur.

Gaston. — Tu es sûre ?

Marguerite. — Eh bien, Monsieur, je… Non.

Gaston. — Hum, vraiment ? Tu peux parler en toute franchise, tu sais, tu peux tout me dire – il n’y a personne pour écouter et ce n’est pas moi qui irait le répéter – hein ?

Marguerite. — Écoutez, Monsieur, les œufs, vraiment, il faut que je…

Gaston. — Ah, Marguerite, Marguerite ! Reste là. Je comprends. Je te comprends, Marguerite. Ce n’est pas facile à dire. C’est quelque chose qui te trouble, qui te pèse, c’est ça, hum ? Ah, tu es jeune encore. Tu es bien jeune. Je vais t’aider. Voilà, oui, je vais t’aider, je vais t’aider à mettre des mots sur les choses…

Marguerite. — Monsieur, vraiment, les œufs, si vous voulez bien m’excuser, je…

Gaston. — Oh non, non, non, non, non, tu restes là. Tu sais, Marguerite, il faut savoir oser dans la vie, il faut savoir franchir le pas au bon moment. Et le moment est venu, crois-moi, tu ne peux plus reculer.

Marguerite. — Monsieur, vraiment, je ne comprends pas, vraiment, il faut que je…

Gaston. — Marguerite. Regarde-moi. Je sais bien ce qui t’arrive.

Marguerite. — Monsieur…

Gaston. — Regarde-moi bien. Hum ? N’est-ce pas ?

Marguerite. — Monsieur, je ne…

Gaston. — Allons, allons. (À propos de lui-même.) Ces épaules, ce port de tête, cette silhouette, cette prestance… Je te comprends, Marguerite, je te comprends bien. Vous êtes toutes un peu les mêmes. Un homme, le charme…

Marguerite. — Monsieur, vraiment je…

Gaston. — Allons, dis-le.

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Dis-le, ne te fais pas languir toi-même.

Marguerite. — Mais enfin, Monsieur, dire quoi ?

Gaston. — Mais ce que tu éprouves pour moi, Marguerite : la passion, le désir, l’amour.

Marguerite. — Pardon, Monsieur ?

Gaston. — Tss tss ! Pas de faux-semblants entre nous, Marguerite. Je le vois, je le sens, j’ai l’habitude – tu n’es pas la première à qui je fais cette impression. Tu rougis quand je parle, tu frémis quand j’approche, tu trembles au son de ma voix, hein ? Hum…

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Hum, Marguerite…

Marguerite. — Mais Monsieur, Monsieur !

Gaston. — C’est ça, cabre-toi, Marguerite, cabre-toi, ma pouliche !

Marguerite. — Mais enfin, lâchez-moi !

Gaston. — Oh, Marguerite, Marguerite, allons, tu veux jouer, c’est ça, c’est donc ça ? Eh bien, jouons, jouons !

Marguerite. — Mais, Monsieur, vous êtes fou ! Mes œufs, mes œufs !

Gaston. — Fou, moi ? Les ai-je inventées, tes œillades dans l’escalier ?

Marguerite. — Les œillades ? Mais, Monsieur, je pleurais, je faisais les poussières, et j’en avais une dans l’œil !

Gaston. — Oh, la petite polissonne ! Et tes soupirs dans la chambre l’autre jour, hein, tes soupirs ? Tu ne les as pas poussés, peut-être ?

Marguerite. — Mais, Monsieur, je portais votre seau d’aisance, et c’est qu’il est lourd, votre seau !

Gaston. — Ah, la coquine ! Si jeune encore, déjà si femme ! Ah, viens, viens-là, te dis-je !

Marguerite. — Ah, mais, Monsieur, arrêtez !

Gaston. — Arrêter ? Mais il faudrait encore que tu le veuilles, friponne ! N’est-ce pas que tu riais, l’autre soir, à mes bon mots, n’est-ce pas ? Je t’ai entendue !

Marguerite. — C’était votre moustache, Monsieur, votre moustache…

Gaston. — Et quoi, ma moustache ? Ah, c’est donc ma moustache qui t’attire ! Embrasse-la, donne-lui un bécot, j’ai le poil doux !

Marguerite. — Mais votre moustache était souillée de crème anglaise, Monsieur ! Mes œufs, Monsieur, attention à mes œufs !

Gaston. — Ah, tu as toutes les ruses, petite garce ! Viens-là, friponne, viens-là ! (Chantant.) « Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, Marguerite ! »

Marguerite. — Monsieur !

Gaston, chantant. — « Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, donne-moi ton cœur ! »

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Ah, Marguerite, je vais te révéler à toi-même ! Tu vas connaître l’amour et l’abandon dans mes bras et la passion sous mes baisers ! La fièvre s’empare de moi, ton corps est un brasier, je suis ton bichon, je suis tout à toi, laisse-moi calmer le feu qui te dévore !

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Ah, tu es brûlante !

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Ah, comme tu sens bon !

Marguerite. — Non, mais ça suffit maintenant, oui ! Vous allez me lâcher, espèce de gros goret !

Gaston. — Hein ? Quoi ? Comment ?

Marguerite. — Monsieur, Monsieur…

Gaston. — Qu’est-ce que tu as dit ? Qu’as-tu osé dire ?

Marguerite. — Rien, rien, Monsieur, rien…

Gaston. — Répète un peu !

Marguerite. — Monsieur, rien, je vous jure…

Gaston. — « Goret », c’est ça que tu as dit, hein ? Et même « gros goret » ! « Gros goret » ! Non, mais pour qui te prends-tu ? M’insulter, moi, ton employeur, ton patron, ton maître !

Marguerite. — Je vous demande pardon, Monsieur, mais vous me faisiez mal…

Gaston. — Me faire insulter par une bonniche sous mon propre toit ! Non, mais c’est le monde à l’envers ! Ah, mais ça ne va pas se passer comme ça ! Ah, non, ça je te le jure ! Où est-ce que tu te crois, espèce de gourde, misérable imbécile ? À peine sortie de la misère, ça relève la tête et ça vous mord ! À qui crois-tu avoir affaire, bon sang de bonsoir, hein ?

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Tais-toi, souillon !

Marguerite. — Mes œufs, Monsieur, ils sont tout cassés…

Gaston. — Tes œufs ? Comment tes œufs ? Mes œufs, oui ! Ce sont mes poules ! Mes poules, mes œufs ! Et voleuse avec ça ! Ah, voilà, c’est ça, tu es démasquée ! Tu es une voleuse, une voleuse sournoise et vicieuse ! Ah, j’ai compris ton manège, espèce de répugnante petite punaise. C’est pour mieux me dépouiller que tu m’aguichais.

Marguerite. — Mais, Monsieur…

Gaston. — Ne te fatigue pas, va, j’ai tout compris. Je vais te régler ton sort avant la fin de la journée. Ah, tout s’explique à présent, les provisions qui s’amenuisent, l’argenterie qui disparaît, les bijoux de ma femme qui s’évanouissent comme par enchantement ! Ah, oui, tout s’explique !

Marguerite. — Mais, Monsieur, c’est faux ! Je n’ai jamais rien volé !

Gaston. — Tu expliqueras ça aux gendarmes !

Marguerite. — Mais…

Gaston. — File ! Hors de ma vue ! Disparais ! Je ne veux plus te voir ! Va empaqueter tes guenilles et débarrasse-moi le plancher !

Marguerite. — Monsieur !

Gaston. — Tout de suite ! (Marguerite sort.) Ah, non mais, quelle gourde, quelle insolente idiote… Elle ne sait pas ce qu’elle a raté, l’imbécile. Pff ! Bon. Allons alléger ma femme de quelques boucles d’oreille. Il y a justement une course la semaine prochaine.

Il sort.

(Page spectacle : Le Bal des Conscrits)

 
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